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Quel statut juridique choisir quand on vit à l'étranger

SASU, EURL, auto-entrepreneur, SAS, holding : le comparatif complet pour éviter de choisir le mauvais statut et perdre des années à regretter.

Au sommaire : Comparatif · SASU · EURL · Auto-entrepreneur · SAS · Holding · Comment choisir

Le choix du statut juridique est la décision la plus importante quand tu crées ta boîte en étant expat. Plus importante que le nom, le logo, les cartes de visite. Pourquoi ? Parce que le statut détermine ta fiscalité, tes charges sociales, ta protection, ta capacité à optimiser, et même l'accès à certaines banques pros.

Un cas typique qu'on voit revenir : un freelance monte sa SASU depuis Lisbonne et met trois mois à comprendre pourquoi tous les comptables français lui disent "SASU" et tous les comptables portugais lui disent "auto-entrepreneur Portugal". Réponse : ils ne raisonnent pas dans le même cadre fiscal. Les deux ont raison... pour leur cadre.

Ce guide te donne une vue panoramique des 5 statuts les plus courants pour un entrepreneur français expatrié, avec leurs forces, leurs faiblesses et les critères de choix.

Tableau comparatif des 5 statuts

Voici une vue d'ensemble. Les sections suivantes détaillent chaque statut.

Statut Capital min Charges sociales dirigeant Plafond CA Adapté expat ?
SASU 1€ Assimilé salarié (~80% sur rémunération) Aucun ★★★★★
EURL 1€ TNS (~45% sur rémunération) Aucun ★★★
Auto-entrepreneur 0€ ~22% (services) ou ~12% (vente) 77 700€ ou 188 700€ ★★
SAS 1€ Assimilé salarié Aucun ★★★★
Holding variable variable Aucun ★★★★ (avec stratégie)

SASU : le statut préféré des expats

La SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) est de loin le statut le plus utilisé par les entrepreneurs français expatriés. Pour de bonnes raisons.

Les avantages de la SASU pour un expat

  • Pas de cotisations sociales sans rémunération. Si tu te verses uniquement des dividendes (pas de salaire), tu ne paies aucune cotisation sociale française. C'est l'avantage décisif quand tu cotises déjà à un système de protection sociale à l'étranger (Seguranca Social au Portugal, Krankenkasse en Allemagne, etc.).
  • Flexibilité des statuts. Tu peux écrire ce que tu veux dans tes statuts (clauses d'agrément, répartition du bénéfice, droits de vote particuliers). Indispensable si tu prévois de monter en complexité.
  • Image rassurante. Les clients B2B préfèrent largement traiter avec une SASU qu'avec un auto-entrepreneur. Pour facturer du grand compte, c'est presque obligatoire.
  • Accepté par les néobanques pros. Qonto, Shine, Finom acceptent toutes la SASU non-résidente.
  • Sortie facile. Tu peux vendre tes parts, faire entrer un investisseur, transformer en SAS multi-associés : tout est prévu.

Les inconvénients de la SASU

  • Coûts de création : 200-800€ (formalités + statuts). Pas énorme mais à budgéter.
  • Comptabilité plus lourde que l'auto-entrepreneur : bilan, comptes annuels, AG annuelle. Heureusement automatisée par Indy ou Pennylane.
  • Si tu te rémunères en salaire, les charges sociales sont élevées (~80% du brut). C'est pour ça que la majorité des dirigeants de SASU se versent zéro salaire et tout en dividendes.

SASU : pour qui ?

La SASU est la référence pour 80% des entrepreneurs expats qui font plus de 35 000€ de CA annuel. Si tu factures du B2B en France depuis l'étranger, tu n'as quasiment aucune raison de ne pas prendre une SASU.

Un guide détaillé : SASU non-résident : le guide complet.

EURL : la cousine moins glamour de la SASU

L'EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) est techniquement équivalente à la SASU (1 associé unique), mais avec un régime social différent : le gérant est TNS (Travailleur Non Salarié), pas assimilé salarié.

Les différences avec la SASU

  • Cotisations sociales TNS plus basses sur la rémunération (~45% au lieu de ~80%) MAIS les dividendes au-delà de 10% du capital social sont aussi soumis aux cotisations TNS. C'est ce qui plombe le statut pour les expats.
  • Couverture sociale moins bonne que le régime général (notamment retraite et chômage).
  • Plus rigide sur les statuts (régime de société à parts sociales, pas à actions).

EURL : pour qui ?

Pour les entrepreneurs qui se versent un salaire élevé et qui veulent payer moins de charges (l'EURL est meilleure que la SASU dans ce cas précis).

Pour la majorité des expats : oublie l'EURL. Les dividendes y sont moins bien traités, et les charges sur la rémunération n'ont pas vraiment d'intérêt quand tu peux te verser zéro en salaire en SASU.

Auto-entrepreneur : pour qui c'est encore valable ?

Le régime de la micro-entreprise (souvent appelé "auto-entrepreneur") est super simple : déclaration en ligne, comptabilité minimaliste, pas de TVA jusqu'à un certain plafond, charges sociales calculées sur le CA encaissé.

Les avantages

  • Création gratuite en 10 minutes sur l'URSSAF.
  • Pas de comptabilité complexe : juste un livre des recettes.
  • Charges proportionnelles au CA (~22% pour les services, ~12% pour la vente).
  • Pas de TVA en dessous des seuils (37 500€ services / 91 900€ ventes).

Les limites pour un expat

  • Plafonds de CA : 77 700€/an pour les services BIC ou BNC, 188 700€/an pour la vente. Au-delà, bascule forcée en régime réel.
  • Pas d'optimisation possible : tu paies des charges sur la totalité de ton CA, même tes frais.
  • Question fiscale complexe pour les expats. Si tu es résident fiscal à l'étranger, ton CA d'auto-entrepreneur peut être considéré comme une activité au sens de la convention bilatérale, ce qui complique tes déclarations dans les deux pays.
  • Image moins pro en B2B.
  • Pas de protection sociale sérieuse en France (et tu cotises peut-être déjà à l'étranger).

Auto-entrepreneur : pour qui ?

Pour les freelances qui font moins de 30-40 000€ de CA, qui démarrent, qui veulent tester, et qui n'ont pas de problème avec l'image. Ou pour des activités très simples (formation, coaching, rédaction) sans frais professionnels significatifs.

Le guide complet : Auto-entrepreneur quand on vit à l'étranger.

SAS : la SASU avec plusieurs associés

La SAS (Société par Actions Simplifiée) est la version multi-associés de la SASU. Mêmes règles, même régime fiscal, même régime social du président.

Quand créer une SAS plutôt qu'une SASU

  • Tu t'associes avec quelqu'un (cofondateur, investisseur).
  • Tu prévois une levée de fonds.
  • Tu veux un cadre juridique prêt pour le futur.

Le piège à éviter

Ne crée pas une SAS pour faire entrer ton conjoint comme associé minoritaire "au cas où". Cela complique tes statuts, ajoute des AG obligatoires et peut créer des conflits sur le partage des dividendes en cas de divorce. Une SASU évolutive est préférable.

Holding : pour les profils avancés

Une holding est une société qui détient les parts d'autres sociétés. C'est un outil d'optimisation fiscal et patrimonial, pas un statut juridique en soi (la holding peut être une SASU ou une SAS).

Pourquoi une holding pour un expat

  • Régime mère-fille : les dividendes remontent de la filiale à la holding sans imposition (exonéré à 95%).
  • Optimisation des cessions : revente d'actifs avec abattement majoré.
  • Centralisation : si tu as plusieurs activités, la holding sert de tête de pont.

Quand y aller

Pas avant 100-200K€ de bénéfices stables annuels. En dessous, le coût (création + comptabilité double) ne se rentabilise pas. C'est un outil pour les entrepreneurs déjà installés.

Comment choisir : l'arbre de décision

Voici l'arbre de décision qu'on utilise quand un lecteur nous pose la question :

  1. Tu fais moins de 30 000€/an et c'est ton premier projet → auto-entrepreneur.
  2. Tu fais 30-77 000€/an et tu es seul → SASU (avec dividendes uniquement).
  3. Tu fais plus de 77 000€/an et tu es seul → SASU (et envisage holding au-dessus de 150K€ de bénéfice).
  4. Tu as un cofondateur → SAS direct.
  5. Tu veux te verser un gros salaire mensuel et payer moins de charges → EURL (rare en expat).
  6. Tu as plusieurs activités distinctes → SASU + Holding.

Après le choix du statut : les vraies étapes

Une fois ton statut choisi, tu vas devoir :

  1. Rédiger les statuts (Legalstart, LegalPlace ou avocat). Compte 200-800€.
  2. Trouver une domiciliation en France (siège social obligatoire). Compte 20-50€/mois. Comparatif domiciliation.
  3. Ouvrir un compte bancaire pro au nom de la société en formation. Indispensable pour déposer le capital. Comparatif compte pro non-résident.
  4. Déposer ton dossier au greffe du tribunal de commerce (via la plateforme Guichet Unique INPI).
  5. Recevoir ton Kbis sous 3 à 15 jours. Comment obtenir le Kbis depuis l'étranger.
  6. Souscrire les obligations : assurance RC pro, registre des bénéficiaires effectifs, etc.

Tout ce process est détaillé dans notre guide démarches pratiques.

Et la fiscalité dans tout ça ?

Le statut juridique est la moitié de l'équation. L'autre moitié, c'est ta résidence fiscale et la convention bilatérale qui s'applique. Une SASU peut être très avantageuse pour un résident portugais (régime NHR) ou totalement neutre pour un résident allemand. La fiscalité, c'est ici : guide fiscalité expat.

SE
Lisbonne, Portugal
Qui écrit ?

Samuel Eustache

Entrepreneur français installé au Portugal depuis 2023. Je gère plusieurs sites en propre et j'accompagne des freelances et dirigeants français expatriés sur leurs démarches : convention fiscale bilatérale, compte pro non-résident, domiciliation, statut.

Je documente ici ce que je vis au quotidien et ce que je vois chez les Français que j'accompagne. Pas de théorie de cabinet : du concret, vérifié, sourcé.

FAQ

Questions fréquentes sur les statuts juridiques

Peut-on créer une SASU sans être résident fiscal français ?

Oui, sans condition de résidence ni de nationalité. Le président de SASU peut habiter n'importe où. Le seul prérequis : avoir un siège social en France (gérée via une domiciliation commerciale).

Auto-entrepreneur ou SASU pour un freelance qui vit à l'étranger ?

Si tu factures moins de 35 000€/an et que tu n'as pas besoin d'optimiser tes dividendes : auto-entrepreneur. Au-dessus, ou si tu factures B2B, la SASU offre un bien meilleur ratio fiscal et l'absence de plafond.

L'EURL est-elle adaptée aux non-résidents ?

Moins que la SASU. Le gérant majoritaire d'EURL est affilié au régime des travailleurs non-salariés (TNS) avec des cotisations élevées, même sans rémunération en France. La SASU permet une rémunération zéro sans charges.

Faut-il un avocat pour rédiger les statuts ?

Pas obligatoire. Les plateformes en ligne (Legalstart, LegalPlace, Captain Contrat) proposent des statuts standards corrects pour 90% des cas. Pour des structures complexes (holding, pacte d'associés), un avocat reste utile.

Combien coûte la création d'une SASU ?

Entre 200€ (formalités légales pures via Legalstart) et 800€ (statuts sur mesure + accompagnement). Compte 200€/an minimum de frais récurrents (domiciliation + comptable basique).
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