Fiscalité

Convention fiscale France-Belgique pour dirigeants expatriés

Convention 1964, règle frontalier, dividendes : ce que tout dirigeant franco-belge doit savoir avant de s'expatrier ou de créer une structure.

Par Samuel Eustache 9 min de lecture

J’accompagne régulièrement des entrepreneurs français qui s’installent en Belgique en pensant avoir trouvé le paradis fiscal à deux heures de Paris. La réalité est plus nuancée. La convention France-Belgique de 1964, modifiée en 2009, est l’une des plus complexes du réseau français, avec des règles spécifiques pour les frontaliers, les dirigeants de sociétés et les dividendes qui piègent beaucoup de monde. Ce que je vois sur le terrain : des gens qui créent une SRL belge sans comprendre que leurs revenus de direction restent parfois imposables en France. Voici ce que personne ne leur dit avant de signer le bail à Bruxelles.

La convention de 1964 modifiée : les bases à maîtriser

La France et la Belgique ont signé leur première convention fiscale en 1964. Elle a été sérieusement amendée par un avenant du 12 décembre 2008, entré en vigueur en 2009. Ce n’est pas un détail : cet avenant a durci les règles pour les frontaliers et précisé les critères de résidence fiscale.

Le principe général reste le classique de toutes les conventions OCDE : tu es imposé dans ton pays de résidence fiscale, sauf exceptions prévues article par article. La convention évite la double imposition via deux méthodes selon le type de revenu :

  • Exonération avec réserve de progressivité : le revenu étranger est exonéré dans ton pays de résidence mais entre dans le calcul du taux applicable à tes autres revenus.
  • Crédit d’impôt : tu paies l’impôt à la source, et ton pays de résidence te crédite cet impôt (méthode moins favorable, souvent appliquée aux dividendes).

Ce que j’explique toujours en premier aux expats que j’accompagne vers la Belgique : la convention ne supprime pas l’impôt, elle décide tu paies. Si la Belgique impose moins, tu gagnes. Si elle impose autant ou plus sur certains flux, l’optimisation est limitée.

Résidence fiscale : le piège du déménagement trop rapide

Le premier problème que je rencontre sur ces dossiers : des entrepreneurs qui prennent un appartement à Bruxelles en janvier, créent une SRL en mars, et pensent être résidents belges pour toute l’année. L’administration fiscale française ne voit pas les choses ainsi.

Pour la convention, la résidence fiscale se détermine selon un ordre de critères en cascade (article 4) :

  1. Foyer d’habitation permanent
  2. Centre des intérêts vitaux (liens économiques et personnels les plus étroits)
  3. Lieu de séjour habituel
  4. Nationalité

En pratique, si la famille reste à Lyon, si un compte courant actif est domicilié en France, si le conjoint travaille à Paris : le fisc français va se battre pour conserver ce contribuable comme résident français, même avec un bail belge. J’ai suivi des dossiers de redressement sur ce point précis. La règle n’est pas “j’ai un appartement en Belgique = je suis résident belge”. C’est une analyse globale de situation.

Ce que je recommande avant tout départ : faire établir une analyse de résidence par un fiscaliste franco-belge, pas juste un comptable local. Et couper proprement les attaches françaises : radiation de la sécurité sociale française, clôture ou désactivation des comptes inutiles, formalités de départ auprès du centre des impôts.

La règle frontalier : ce qu’elle dit vraiment

L’article 11 de la convention (dans sa version post-2009) traite des travailleurs frontaliers. C’est une règle qui concerne les salariés et, par extension, certains dirigeants.

La règle frontalière s’applique si tu résides dans une zone frontalière définie ET tu travailles dans la zone frontalière correspondante de l’autre pays. Dans ce cas, tu es imposé dans ton pays de résidence uniquement.

Le point que beaucoup ratent : la zone frontalière française est strictement délimitée aux départements du Nord, de l’Aisne, des Ardennes, de la Marne, de la Meuse, de la Meurthe-et-Moselle, de la Moselle et du Bas-Rhin. Si tu résides à Paris et tu vas travailler à Bruxelles, la règle frontalière ne s’applique pas.

Pour les dirigeants d’entreprise, une subtilité supplémentaire : la convention distingue les jetons de présence (article 16) et les rémunérations de direction proprement dites. Les jetons de présence d’une société belge versés à un résident français sont imposables en Belgique. Les rémunérations de direction dépendent du lieu d’exercice effectif de la fonction, ce qui ouvre souvent des débats sur le “où travailles-tu vraiment”.

Dividendes franco-belges : la retenue à la source qui change tout

C’est souvent pour les dividendes que les clients viennent me consulter, et c’est là que la convention France-Belgique est particulièrement instructive, voire décevante selon les situations.

Flux de dividendesRetenue à la source conventionImposition résidence
SRL belge vers résident français15% max (art. 15) si < 10% capital ; 5% si ≥ 10%France : flat tax 30% avec crédit de 15%
SAS française vers résident belge15% max en FranceBelgique : précompte mobilier 30%
SRL belge vers résident belgePas de retenue FRBelgique : précompte mobilier 30%
SAS française vers résident françaisAucune convention impliquéeFrance : flat tax 30%

Ce tableau résume l’essentiel. Si tu es résident français et que tu perçois des dividendes d’une SRL belge dont tu détiens plus de 10% du capital (ce qui est le cas de tout dirigeant associé), la retenue à la source belge est de 5%. En France, tu paies la flat tax à 30% sur ces dividendes, mais tu obtiens un crédit d’impôt de 5% correspondant à la retenue. Résultat net : tu paies 30% au total, exactement comme si tu avais des dividendes d’une société française.

L’optimisation que certains espèrent, “je crée une SRL belge et mes dividendes sont moins taxés”, ne fonctionne pas si tu restes résident fiscal français. La convention empêche la double imposition, mais elle ne crée pas d’exonération.

IS belge vs IS français : où la différence est réelle

Là où la structure belge peut être intéressante, c’est sur l’impôt sur les sociétés lui-même, pas sur les dividendes.

CritèreFranceBelgique
Taux IS standard25%25%
Taux IS réduit PME15% jusqu’à 42 500 €20% jusqu’à 100 000 € (sous conditions)
Seuil taux réduit42 500 €100 000 €
Conditions taux réduitCA < 10 M€, IS < 763 K€Rémunération dirigeant ≥ 45 000 € ou ≥ revenu imposable
Déductibilité rémunération dirigeantOuiOui

Sur le taux standard, il n’y a aucune différence : 25% des deux côtés. La vraie différence porte sur le taux réduit : en Belgique, le taux de 20% s’applique jusqu’à 100 000 € de bénéfice imposable, contre 15% en France jusqu’à 42 500 €. Si tu dégages entre 42 500 € et 100 000 € de bénéfice, l’IS belge à 20% est potentiellement plus favorable que l’IS français à 25%.

Attention toutefois : le taux réduit belge exige que la SRL verse une rémunération au dirigeant d’au moins 45 000 € brut par an. C’est une condition contraignante qui impose une charge salariale significative. Et cette rémunération est imposée en Belgique (si tu es résident belge) ou en France selon les règles de la convention.

Créer une structure en Belgique : coûts et réalités opérationnelles

Sur les dossiers que je suis impliquant une SRL belge, le parcours est sensiblement plus lourd qu’une SASU française.

Coûts de création d’une SRL belge :

  • Acte notarié obligatoire : entre 800 € et 1 500 € selon le notaire
  • Capital minimum légal : aucun (supprimé en 2019), mais dépôt de départ “adéquat” recommandé par le notaire (souvent 12 500 € mis en avant)
  • Frais Banque Carrefour des Entreprises : environ 90 €
  • Plan financier obligatoire (établi par un expert-comptable) : 500 € à 1 500 €
  • Domiciliation si nécessaire : 50 à 200 €/mois

En comparaison, une SASU française :

  • Annonce légale : 193 € (tarif 2026)
  • Greffe : 37,45 € (tarif 2026 pour apport en nature, moins pour espèces)
  • Capital minimum : 1 €
  • Acte notarié : non obligatoire dans la grande majorité des cas

La création belge coûte donc facilement 2 000 à 4 000 € de plus que la création française, sans compter l’expertise comptable obligatoire, une culture beaucoup plus ancrée en Belgique qu’en France.

Pour les SASU et EURL de mes clients restés en France, j’oriente systématiquement vers des outils qui automatisent le maximum. Indy fait partie de mes recommandations régulières : la synchronisation bancaire et la préparation des liasses fiscales y sont bien gérées pour les structures à l’IS.

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Questions fréquentes

La convention France-Belgique permet-elle d’échapper à l’exit tax française ?

Non. Si tu quittes la France avec des plus-values latentes importantes (valeurs mobilières, droits sociaux), l’exit tax s’applique au départ. La convention ne neutralise pas l’exit tax, elle peut simplement éviter une double imposition si la Belgique taxe également la plus-value à la réalisation. Pense à déposer le formulaire 2074-ETD avant de partir.

Mon activité de consultant est-elle imposable en France ou en Belgique si je réside en Belgique ?

Si tu es résident belge et tu exerces ton activité depuis la Belgique, tes bénéfices professionnels sont en principe imposables en Belgique. Mais si tu as un établissement stable en France (bureau, clients récurrents, adresse professionnelle), la France peut revendiquer une fraction des bénéfices. La notion d’établissement stable est clé, et souvent mal comprise dans les situations mixtes.

La règle des 183 jours s’applique-t-elle entre France et Belgique ?

La règle des 183 jours concerne les salariés (article 15 de la plupart des conventions). Elle peut s’appliquer aux dirigeants salariés de leurs sociétés dans certains cas. Pour les dirigeants non-salariés ou les travailleurs indépendants, c’est la résidence fiscale et l’établissement stable qui priment, pas le décompte de jours.

Je suis Français, je crée une SRL belge, je reste résident français : est-ce légal ?

Oui, c’est légal. Tu peux détenir et diriger une SRL belge depuis la France. Mais les rémunérations versées seront probablement imposables en France selon la convention, et les dividendes seront soumis à la retenue belge plus la flat tax française avec crédit. L’optimisation fiscale n’est pas automatique. À cela s’ajoute l’obligation de télédéclaration des comptes étrangers via le formulaire 3916.

Quelle différence avec la convention France-Portugal ?

La convention France-Portugal est structurellement similaire pour les dividendes (retenue à la source, crédit d’impôt), mais le Portugal a proposé jusqu’en 2024 le régime RNH (Résident Non Habituel) qui permettait des exonérations sur certains revenus étrangers. Ce régime a été fermé aux nouveaux entrants fin 2023. Autre voisin souvent mis en balance : la Suisse, dont j’ai décortiqué les pièges (résidence, forfait fiscal, frontaliers) dans mon article sur la convention France-Suisse. Pour des destinations à la logique très différente, voir aussi la convention France-Italie (régime forfettario), la convention France-Maroc (dividendes exonérés de retenue française) et la convention France-USA (le piège des LLC). La comparaison des conventions pour les freelances est détaillée dans mon article sur la double imposition pour les freelances.

Ce que je retiens pour les dossiers franco-belges

Je résume la convention France-Belgique avec une formule que j’utilise souvent : elle protège contre la double imposition, elle ne crée pas d’optimisation magique. Le taux standard d’IS est identique des deux côtés. La flat tax sur dividendes reste à 30% côté français. Et la résidence fiscale est le vrai levier, pas la structure juridique.

Ce qui peut réellement jouer en faveur d’une structure belge : le taux IS réduit à 20% jusqu’à 100 000 € (si les conditions sont remplies), la culture comptable différente, et parfois des avantages sectoriels spécifiques à la Belgique comme la déduction pour innovation ou le régime des droits d’auteur, ce dernier ayant été durci par la loi-programme du 26 décembre 2022, applicable depuis le 1er janvier 2023.

Si tu envisages une expatriation en Belgique avec une structure derrière, mon conseil est de ne pas partir sans avoir fait établir une simulation chiffrée par un fiscaliste franco-belge. Le coût de la consultation (entre 500 et 2 000 €) est rentabilisé à la première erreur évitée. Et la structure française éventuelle que tu conserves en parallèle doit être correctement pilotée à distance : c’est là que Pennylane prend tout son sens pour les clients que je suis depuis Lisbonne.

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La convention France-Belgique est sérieuse, bien rédigée, et globalement équilibrée. Le problème n’est pas la convention : c’est qu’elle est souvent mal lue par des entrepreneurs pressés de voir des économies d’impôt là où il y a surtout de la complexité administrative.

SE

Samuel Eustache

Entrepreneur français basé au Portugal. J'accompagne des freelances expat sur leurs démarches FR. Voir le parcours.