Entrepreneur Expat
Tous les articles Statuts juridiques

SASU vs EURL pour expat : quel statut choisir en 2026

Comparatif détaillé des deux statuts unipersonnels pour un entrepreneur expatrié. Régime social, dividendes, fiscalité : pourquoi la SASU gagne presque toujours.

Par Samuel Eustache · ·7 min de lecture

Quand j’ai préparé mon départ pour Lisbonne en 2023, j’ai passé deux semaines à hésiter entre SASU et EURL. Mon expert-comptable de l’époque me poussait vers l’EURL (“plus simple, moins chère à créer, charges sociales plus basses sur la rémunération”). En lisant les forums, je voyais l’inverse (“SASU, sans hésiter, pour les dividendes”). Et pendant ce temps, je n’avançais pas.

Le moment où j’ai tranché, c’est en posant noir sur blanc mon scénario réel : je voulais me sortir 0€ de salaire la première année, vivre sur ma trésorerie perso, capitaliser dans la société, puis me distribuer des dividendes une fois résident fiscal portugais. Avec ce scénario, l’EURL devenait un piège. Trois ans plus tard, en SASU, je n’ai aucun regret.

Cet article, c’est ce que j’aurais voulu lire à l’époque : pourquoi la SASU bat presque toujours l’EURL pour un expat, et les rares cas où l’EURL reste pertinente.

Le tableau qui résume tout

CritèreSASUEURL
Régime social du dirigeantAssimilé salarié (régime général)Travailleur non salarié (TNS, SSI)
Cotisations si 0€ de salaire0€0€ (mais cotisations minimales TNS possibles si gérant rémunéré)
Cotisations sur rémunération~75-80% du net (charges patronales + salariales)~45% du net
Dividendes — taxationFlat tax 30% (12,8% IR + 17,2% PS)Flat tax 30% + cotisations TNS sur la part >10% du capital
StatutsTrès flexibles (clauses libres)Cadre légal rigide
ComptabilitéStandard, expert-comptable conseilléStandard, expert-comptable conseillé
Image / crédibilitéForte (perçue comme “vraie société”)Correcte mais “petite entreprise”
Couple co-gérantNon (passer en SAS)Oui (passage facile en SARL)

Source : BPI France — choisir son statut, URSSAF — TNS vs assimilé salarié.

SASU : les 4 avantages décisifs pour un expat

1. Aucune cotisation si tu ne te verses pas de salaire

C’est le point qui change tout pour un expat. En SASU, le président est assimilé salarié : pas de salaire = pas de bulletin de paie = pas de cotisation. Strictement zéro charge sociale.

En EURL, le gérant majoritaire est TNS (Sécurité Sociale des Indépendants). Même sans rémunération, certaines cotisations minimales annuelles peuvent s’appliquer (CSG, retraite de base) — environ 1 100 à 1 200€/an selon les années. Pour un expat qui veut faire grossir sa trésorerie sans rien sortir, c’est un coût mort.

2. Dividendes en flat tax 30%, point final

C’est l’argument massue. En SASU, les dividendes sont taxés au PFU (flat tax) de 30% : 12,8% d’impôt sur le revenu + 17,2% de prélèvements sociaux. Fin de l’histoire.

En EURL, dès que les dividendes versés au gérant majoritaire dépassent 10% du capital social + primes d’émission + apports en compte courant, la fraction au-dessus est soumise aux cotisations TNS (~45%). Avec un capital social classique de 1 000€, tu déclenches le mécanisme dès 100€ de dividendes. Autant dire tout de suite.

Pour un expat qui structure sa rémunération principalement en dividendes (le schéma normal quand on ne veut pas alourdir sa fiscalité française avec des salaires), l’EURL devient mathématiquement perdante.

3. Statuts flexibles, scaling possible

La SASU permet :

  • des clauses sur-mesure (agrément, préemption, exclusion)
  • l’entrée d’investisseurs sans transformation de structure (passage SASU → SAS sans rupture)
  • l’émission d’actions de préférence
  • un président qui peut être une autre société (holding)

L’EURL est un cadre rigide hérité de la SARL : transformation lourde si tu veux faire entrer un associé étranger, des BSPCE, ou structurer une holding offshore.

4. Image rassurante côté banques, partenaires, prospects

Quand je négocie un contrat avec un client français depuis Lisbonne, dire “ma SASU” passe mieux que “mon EURL”. C’est psychologique mais réel : la SASU est perçue comme une vraie société, l’EURL comme une “entreprise individuelle déguisée”. Les banques pros (Qonto, Shine, Memo Bank) sont aussi plus à l’aise avec une SASU non-résidente.

Lien affilie. Comment ca marche.

EURL : les 2 cas où elle gagne

Soyons honnête : l’EURL n’est pas un mauvais statut. Il y a deux scénarios précis où elle reste pertinente pour un expat.

1. Tu te verses une rémunération mensuelle élevée comme gérant majoritaire

Si ton plan c’est de te verser 3 500-5 000€/mois de salaire (par exemple parce que tu n’es pas encore non-résident fiscal, ou parce que tu as besoin de cotiser pour la retraite française), l’EURL devient compétitive.

Le calcul : sur 1€ net dans la poche via salaire,

  • En SASU (assimilé salarié) : il faut sortir ~1,75€ de la société (charges patronales + salariales)
  • En EURL (TNS) : il faut sortir ~1,45€

Sur une rémunération annuelle de 50 000€ nets, ça fait une économie de ~15 000€/an de charges sociales. C’est massif. Mais ce scénario suppose que tu te paies un vrai salaire — ce qui est rarement la stratégie d’un expat optimisé.

2. Banque ou client institutionnel exigeant une “structure classique”

Certains banquiers français traditionnels (BNP, Crédit Agricole) sont plus à l’aise avec une EURL/SARL qu’avec une SAS/SASU. Idem certains appels d’offres publics ou certains assureurs RCP qui demandent une “société de personnes” plutôt qu’une “société par actions”. Cas rare en 2026, mais ça existe.

La règle simple

Voici ma règle empirique après trois ans en SASU et après en avoir conseillé à plusieurs amis expats :

  1. Tu es expat ou tu vas le devenir dans 12 mois → SASU dans 95% des cas.
  2. Tu te verses moins de 3 000€/mois de salaire net → SASU.
  3. Tu prévois de te rémunérer principalement en dividendes → SASU obligatoire.
  4. Tu veux ouvrir au capital, prendre des associés, faire entrer un fonds → SASU obligatoire.
  5. Tu veux structurer une holding personnelle → SASU obligatoire.
  6. Tu te verses un gros salaire mensuel (>4 000€ net), zéro dividendes, et tu y restes 5 ans → EURL peut gagner.

Dans tous les autres cas, la SASU est le bon choix. Si tu veux creuser le cas spécifique du non-résident, je détaille tout dans le guide SASU non-résident.

Calcul concret : 50K€ de bénéfice, expat au Portugal

Prenons mon scénario réel : 50 000€ de bénéfice annuel après charges, dirigeant résident fiscal portugais (régime général, sortie du RNH), pas de salaire, tout sorti en dividendes l’année N+1.

Scénario SASU

  • Bénéfice imposable : 50 000€
  • IS (taux réduit 15% jusqu’à 42 500€ + 25% au-delà) : 8 250€
  • Bénéfice après IS : 41 750€
  • Distribution en dividendes : 41 750€
  • Flat tax 30% (PFU) : 12 525€
  • Net dans la poche : 29 225€

Note importante : si tu es résident fiscal portugais, la convention fiscale France-Portugal te permet en pratique de récupérer la part IR (12,8%) via mécanisme de crédit d’impôt côté Portugal (à valider avec ton fiscaliste). Le calcul affiché ici est le pire cas, sans optimisation conventionnelle.

Scénario EURL

  • Bénéfice imposable : 50 000€
  • IS (15% jusqu’à 42 500€ + 25%) : 8 250€
  • Bénéfice après IS : 41 750€
  • Distribution en dividendes : 41 750€
  • Capital social classique : 1 000€ → seuil 10% = 100€
  • Sur les 100 premiers € : flat tax 30% → 30€
  • Sur les 41 650€ restants : cotisations TNS ~45% + IR ~12,8% (via barème ou PFU sur la part non soumise aux cotis)
  • Net dans la poche estimé : ~22 000€

Différence : ~7 200€ de moins en EURL sur un seul exercice à 50K€. Sur 5 ans à ce rythme, tu perds ~36 000€. Tu comprends pourquoi je n’ai pas hésité longtemps.

(Calculs simplifiés — confirme avec ton expert-comptable, les taux TNS varient selon la base, l’âge, les régimes complémentaires.)

Lien affilie. Comment ca marche.

Cas particuliers à connaître

Holding personnelle : toujours SASU

Si tu veux structurer une holding qui détient ta société opérationnelle (pour préparer une revente, recevoir des dividendes en quasi-franchise via le régime mère-fille, ou capitaliser), la holding doit obligatoirement être une SASU/SAS. L’EURL ne peut pas bénéficier du régime mère-fille avec la même souplesse, et son cadre juridique se prête mal au montage holding.

Couple co-gérant : EURL/SARL ou SAS

Si tu démarres en solo mais que ton conjoint compte rejoindre l’aventure dans 12-24 mois, anticipe :

  • EURL → SARL : transformation simple, le conjoint devient associé/co-gérant TNS
  • SASU → SAS : transformation simple aussi, le conjoint devient associé/président ou DG

Sur le papier, les deux marchent. En pratique, la SAS reste plus souple pour un couple expat (clauses, gouvernance, sortie). L’EURL/SARL a juste un avantage : si vous voulez tous les deux cotiser TNS pour bénéficier d’un régime social moins coûteux sur la rémunération, le format SARL le permet naturellement.

Profession réglementée : vérifier l’éligibilité

Certaines professions (avocats, médecins, experts-comptables, architectes) ont des structures dédiées (SELARL, SELAS, SCP). Si tu es dans ce cas, ni la SASU ni l’EURL classique ne s’appliquent — tu dois passer par les formes réglementées de ton ordre. Vérifie auprès de ton ordre professionnel avant de créer quoi que ce soit.

FAQ

Puis-je passer de l’EURL à la SASU si j’ai déjà créé en EURL ?

Oui, mais c’est une transformation lourde : décision d’associé unique, modification des statuts, publication légale, dépôt au greffe. Compte 600-1 200€ de frais et 4-6 semaines. Si tu hésites, mieux vaut bien choisir dès le départ.

Le gérant d’EURL non-résident est-il vraiment soumis aux cotisations TNS ?

Oui, dès qu’il y a rémunération versée et qu’il est gérant majoritaire (associé unique = forcément majoritaire en EURL). La résidence fiscale à l’étranger ne suffit pas à exonérer : ce qui compte, c’est l’activité du dirigeant en France au regard de l’URSSAF/SSI. Beaucoup d’expats l’apprennent trop tard.

Et si je fais 0€ de bénéfice la première année ?

  • SASU : 0€ de cotisation, 0€ d’IS, juste les frais comptables et de greffe.
  • EURL : 0€ de cotisation si pas de rémunération versée, mais cotisations minimales TNS si tu te déclares “gérant rémunéré” même symboliquement (~1 100-1 200€/an).

L’avantage SASU est encore plus net en phase de démarrage.

La SASU est-elle accessible si je suis non-résident dès la création ?

Oui, aucun problème. Tu peux créer ta SASU depuis l’étranger, signer les statuts à distance, déposer le capital sur un compte pro non-résident (voir les 4 banques qui acceptent les non-résidents). C’est même plus simple que l’EURL parce que les statuts SAS sont plus permissifs sur la nationalité/résidence du président.


Pour aller plus loin

Si tu hésites encore après cette lecture, ma recommandation : prends un appel de 30 minutes avec un avocat fiscaliste spécialisé non-résidents avant de créer. 200-300€ qui t’éviteront des dizaines de milliers d’euros d’erreur sur 5 ans. Captain Contrat propose ce genre de consultation packagée avec leur offre statuts.

SE

Samuel Eustache

Entrepreneur francais base a Lisbonne. Mon parcours.