Micro-entreprise ou SASU pour un freelance expatrié : décision en 2026
Micro-entreprise ou SASU quand on est expat ? Comparatif chiffré du net selon ton CA et ton pays de résidence : Portugal, Espagne, Émirats, États-Unis.
Quand j’ai quitté Paris pour Lisbonne en 2023, j’avais déjà ma SASU. La question ne s’est donc pas posée dans cet ordre pour moi. Mais depuis, j’ai vu des dizaines de freelances se poser exactement ce choix au moment de partir : micro-entreprise ou SASU ? Et la plupart choisissent en fonction de la simplicité administrative, pas des chiffres. C’est souvent une erreur.
La réponse dépend de trois variables que personne ne met côte à côte : ton chiffre d’affaires, ton pays de résidence fiscale et ce que tu veux vraiment sortir comme revenu net. Voici des chiffres concrets pour quatre pays — Portugal, Espagne, Émirats arabes unis, États-Unis — et un comparatif honnête des deux structures.
Ce que change vraiment le statut quand tu es non-résident
Premier point à clarifier : la micro-entreprise et la SASU sont toutes les deux des structures françaises. Tu peux légalement les conserver même en vivant à l’étranger, à condition de respecter certaines règles. Mais elles ne se comportent pas du tout pareil une fois que tu changes de résidence fiscale.
Avec une micro-entreprise, tu restes affilié à l’URSSAF France. Tes cotisations sociales sont calculées sur ton chiffre d’affaires, peu importe où tu vis. La seule variable qui change côté impôt, c’est l’impôt sur le revenu : si tu es fiscalement résident à l’étranger, tu n’es plus imposable en France sur tes revenus de source étrangère (sous réserve de convention fiscale). Mais les cotisations URSSAF, elles, restent dues.
Avec une SASU, la société reste soumise à l’IS en France. Mais toi, en tant que président, tu te verses ce que tu veux : salaire, dividendes, ou rien du tout. Et si tu es résident fiscal étranger, les dividendes que tu perçois peuvent être imposés selon les règles du pays d’accueil, pas les règles françaises.
C’est là que ça devient intéressant — ou piégeux, selon la configuration.
Pour aller plus loin sur le fonctionnement de la SASU quand on est non-résident, j’ai écrit un article dédié : SASU non-résident : ce que ça change vraiment.
Les coûts fixes incompressibles de chaque structure
Avant de comparer le net, il faut intégrer les coûts de structure. Voici ce que ça représente concrètement en 2026.
| Poste | Micro-entreprise | SASU |
|---|---|---|
| Création | Gratuite (INPI) | ~193 € annonce légale + 37,45 € greffe + frais rédaction statuts |
| Comptabilité obligatoire | Non | Oui — bilan annuel requis |
| Logiciel compta / expert | 0 à 50 €/mois | 30 à 200 €/mois selon solution |
| Cotisations sociales | 21,2 % à 24,6 % du CA (BIC/BNC) | Seulement si tu te verses un salaire |
| IS (bénéfice société) | N/A | 15 % jusqu’à 42 500 € / 25 % au-delà |
| Cotisations dividendes | N/A | 17,2 % de prélèvements sociaux (si résident FR) |
| Fermeture | Simple déclaration | Dissolution + liquidation, ~400 à 800 € |
La SASU a des coûts fixes réels. Si tu fais 30 000 € de CA et que tu paies 150 €/mois de compta, c’est 1 800 € de plus que la micro sur l’année. Il faut que la structure te rapporte davantage que ce surcoût.
Simulation nette selon le CA : le vrai comparatif
Je prends trois paliers de CA annuel en prestations de services (BNC) et je calcule ce que tu gardes réellement après cotisations et impôts, dans le cas le plus simple : résident en France.
Hypothèses : freelance consultant, pas de TVA pour simplifier la lecture, pas de salaire minimum en SASU (optimisation dividendes pure).
| CA annuel | Net micro-entreprise (FR) | Net SASU dividendes (FR) | Avantage |
|---|---|---|---|
| 30 000 € | ~21 500 € | ~20 800 € | Micro |
| 50 000 € | ~34 800 € | ~36 200 € | SASU |
| 80 000 € | ~55 600 € | ~60 100 € | SASU |
| 120 000 € | Plafond dépassé | ~87 400 € | SASU obligatoire |
Le plafond micro en BNC est de 77 700 € en 2026 (article 293 B du CGI). Au-delà, tu bascules automatiquement au régime réel — et tu perds l’intérêt principal de la micro. Le seuil de rentabilité de la SASU se situe donc entre 45 000 et 55 000 € de CA selon les frais réels et ta situation personnelle.
Ce que ça donne pays par pays pour l’expatrié
Maintenant, la vraie question pour un expat : est-ce que changer de résidence fiscale modifie radicalement ce calcul ?
Portugal (NHR historique / nouveau régime IFICI 2024)
Le régime NHR classique a pris fin pour les nouveaux arrivants fin 2023. Il a été remplacé par l’IFICI (anciennement NHR 2.0), qui cible les professions qualifiées et les entrepreneurs. Taux fixe de 20 % sur les revenus de source portugaise pendant 10 ans.
Avec une SASU française, les dividendes versés en tant que résident portugais sont soumis à la convention franco-portugaise : retenue à la source de 15 % en France, crédit d’impôt au Portugal. L’IS de 15 % reste dû en France sur les bénéfices. Net effectif pour 80 000 € de CA : autour de 63 000 à 65 000 €, soit mieux qu’en France pure.
Avec une micro-entreprise : les cotisations URSSAF restent dues — aucune convention fiscale ne les efface. L’impôt sur le revenu bascule au Portugal si tu es résident. Résultat : tu paies des cotisations françaises ET de l’impôt portugais. La situation est souvent moins avantageuse qu’il n’y paraît.
Espagne (régime Beckham)
Le régime “Beckham” (article 93 LIRNR) permet aux nouveaux résidents fiscaux espagnols de payer un taux fixe de 24 % sur les revenus jusqu’à 600 000 €. Valable 6 ans.
Pour une SASU : même mécanique qu’au Portugal avec la convention franco-espagnole. Les dividendes sont imposés à 15 % à la source en France, crédit d’impôt en Espagne. Mais le régime Beckham exige de ne pas avoir été résident espagnol dans les 5 dernières années et d’arriver pour un emploi ou une activité économique spécifique.
Pour une micro-entreprise : l’Espagne reconnaît les cotisations sociales françaises comme charges déductibles dans certains cas, mais la situation reste complexe à gérer. Je déconseille la micro en Espagne sauf CA très faible (en dessous de 25 000 €).
Émirats arabes unis (Dubaï)
Pas d’impôt sur le revenu des personnes physiques aux EAU. Pas de convention fiscale avec la France sur les dividendes de société française au sens classique. L’IS reste dû en France (15 % jusqu’à 42 500 €, 25 % au-delà). Mais les dividendes que tu perçois personnellement : 0 % d’impôt côté émirien.
La retenue à la source française sur dividendes versés à un non-résident tombe à 12,8 % en droit commun (pas de convention franco-émirienne sur ce point). Les prélèvements sociaux de 17,2 % ne s’appliquent pas si tu n’es plus résident fiscal français.
Pour 80 000 € de CA : tu peux sortir jusqu’à 68 000 à 70 000 € net avec une SASU bien gérée. C’est la configuration la plus favorable que j’ai analysée.
Avec une micro-entreprise aux EAU : les cotisations URSSAF restent dues, et tu n’as aucun filet social en échange — pas de droits retraite dans un pays sans convention de sécurité sociale avec la France. C’est presque systématiquement une mauvaise idée.
États-Unis
La situation est complexe parce que les États-Unis imposent leurs citoyens sur la base de la nationalité, pas de la résidence. Pour un Français vivant aux US : imposition aux US sur les revenus mondiaux + convention franco-américaine pour éviter la double imposition.
Les dividendes d’une SASU française : retenue à la source de 15 % en France (convention FR-US, article 10), crédit d’impôt aux US. Le taux fédéral américain sur les dividendes qualifiés va de 0 % à 20 % selon la tranche. À quoi s’ajoutent les impôts d’État : 0 % au Texas ou en Floride, jusqu’à 13,3 % en Californie.
La SASU reste pertinente si tu choisis un État sans impôt sur le revenu. La micro-entreprise devient un piège classique : tu paies des cotisations URSSAF élevées sans bénéficier des protections françaises, et l’impôt américain s’applique par-dessus.
Les situations où la micro-entreprise reste la bonne réponse
Je ne veux pas être caricatural : il y a des cas où la micro est clairement le bon choix, même pour un expat.
- Tu démarres et tu ne sais pas si ton activité va tenir : la micro te permet de tester sans t’engager dans des frais fixes de SASU. Si ça ne décolle pas, tu fermes en quelques clics sur autoentrepreneur.urssaf.fr.
- Ton CA est inférieur à 30 000 à 35 000 €/an : le différentiel de net ne justifie pas le coût et la complexité de la SASU.
- Tu es dans un pays à forte fiscalité sans régime spécial : si tu paies déjà beaucoup d’impôts locaux, l’optimisation SASU est moins percutante.
- Tu as des activités réglementées qui imposent la micro (certains statuts d’agent commercial, par exemple).
Pour les freelances qui démarrent leur vie d’expat avec une micro, j’ai détaillé les spécificités dans cet article : auto-entrepreneur expatrié : ce qu’il faut savoir.
Les erreurs que j’ai vues (et que j’ai failli faire)
Erreur n°1 : garder la micro “par simplicité” à 80 000 € de CA. J’ai un ami consultant qui a fait ça pendant 3 ans. Il laissait entre 8 000 et 10 000 € par an sur la table. La “simplicité” lui a coûté cher.
Erreur n°2 : croire que la SASU efface les cotisations URSSAF. Si tu te verses un salaire en SASU, tu paies des charges patronales et salariales. L’optimisation n’existe que si tu te rémunères principalement en dividendes — ce qui implique d’avoir du bénéfice, donc de ne pas tout passer en frais.
Erreur n°3 : négliger la convention fiscale du pays d’accueil. Certains pays n’ont pas de convention avec la France (EAU, plusieurs pays d’Asie du Sud-Est). D’autres ont des conventions complexes. Avant de décider, tu dois savoir exactement comment les dividendes de ta SASU seront traités là où tu vis.
Erreur n°4 : ouvrir une SASU sans compte pro adapté. La SASU exige un compte bancaire professionnel séparé dès la création. J’utilise Qonto au quotidien, mais Shine est une alternative solide, notamment pour les indépendants qui démarrent — l’interface est claire et l’intégration comptable fonctionne bien.
Lien partenaire — l'équipe touche une commission, sans surcoût pour toi. Comment ça marche.
La question de la création : SASU ou micro, comment s’y prendre concrètement
Si tu as lu jusqu’ici et que tu penches pour la SASU, voici le process concret.
Micro-entreprise : déclaration sur autoentrepreneur.urssaf.fr, gratuite, 5 minutes. Aucune aide nécessaire.
SASU : rédaction des statuts, annonce légale (~193 €), dépôt au greffe (37,45 €), immatriculation via le guichet unique INPI. Tu peux le faire seul, mais je conseille de passer par une plateforme juridique pour les statuts — surtout si tu es non-résident. Les clauses sur la domiciliation et le siège social méritent attention et une erreur là-dedans peut bloquer ton immatriculation.
Lien partenaire — l'équipe touche une commission, sans surcoût pour toi. Comment ça marche.
Pour la comptabilité, une SASU a besoin d’un bilan annuel certifié. J’utilise Indy : ça automatise la majorité des écritures et ça coûte bien moins qu’un expert-comptable classique tout en restant conforme.
Lien partenaire — l'équipe touche une commission, sans surcoût pour toi. Comment ça marche.
Questions fréquentes
Puis-je avoir une micro-entreprise en France et vivre à l’étranger ? Oui, légalement rien ne l’interdit. Mais tu continues à payer des cotisations URSSAF sur ton CA, même si tu n’es plus résident fiscal français. Ces cotisations t’ouvrent théoriquement des droits en France, mais si tu n’y vis plus, leur utilité réelle est très limitée.
À partir de quel CA ça vaut le coup de basculer en SASU ? Dans la plupart des configurations que j’ai analysées, le seuil se situe entre 45 000 et 55 000 € de CA annuel en prestations de services. En dessous, la micro est souvent plus simple et aussi rentable. Au-dessus, la SASU prend l’avantage — d’autant plus si tu es dans un pays à fiscalité faible.
Ma SASU peut-elle avoir son siège en France si je vis à l’étranger ? Oui. Le siège social reste en France, la société reste soumise à l’IS français. C’est ta résidence personnelle qui détermine où tu paies l’impôt sur le revenu. Les deux sont indépendants l’un de l’autre.
Est-ce que les prélèvements sociaux de 17,2 % s’appliquent sur mes dividendes SASU si je suis résident au Portugal ? Non, si tu es résident fiscal portugais et que tu cotises à un régime de sécurité sociale étranger — ou que tu n’es plus affilié en France — les prélèvements sociaux français ne s’appliquent pas à tes dividendes. C’est un point souvent mal compris, et très favorable financièrement.
Micro-entreprise ou SASU pour facturer des clients américains ? La structure n’a pas d’impact direct sur ta capacité à facturer des clients US. Les deux permettent de facturer en dollars et hors TVA si tu es établi hors UE. La SASU peut toutefois avoir un avantage en termes de crédibilité : certaines grandes entreprises américaines demandent une structure avec capital social déclaré avant de signer un contrat.
Mon avis tranché
Si tu es expat avec un CA supérieur à 50 000 € et que tu vis dans un pays avec un régime fiscal avantageux — Portugal IFICI, régime Beckham en Espagne, EAU — la SASU n’est pas juste “mieux” : c’est une décision qui peut représenter 10 000 à 20 000 € de plus dans ta poche chaque année. J’ai fait le calcul pour ma propre situation à Lisbonne, et la SASU gagne à plate couture.
La micro-entreprise garde sa place pour les débutants, les petits CA et ceux qui veulent tester une activité sans s’engager. Mais la traiter comme une structure pérenne quand tu es expat avec un bon niveau de revenus, c’est payer le prix fort du confort administratif.
Fais ta simulation avec tes chiffres réels, ton pays de résidence et les conventions fiscales applicables. Et si tu hésites encore, une heure avec un expert-comptable spécialisé expats est souvent récupérée en quelques semaines de différentiel fiscal.
L'équipe Entrepreneur Expat
Rédaction qui suit au quotidien des entrepreneurs français à l'étranger. Notre approche.