Statuts juridiques

Portage salarial pour freelance expat : une alternative à la SASU ?

Le portage salarial coûte 5 à 10 % du CA en frais de gestion : je décrypte pour qui ça remplace vraiment la SASU quand on facture depuis l'étranger.

Par Samuel Eustache · auto-entrepreneur (Portugal), accompagne des expats FR Mis à jour le 9 min de lecture
Sommaire

    La réponse en 30 secondes Mis à jour le 19 août 2026

    Le portage salarial permet de facturer une mission sans créer de société : une entreprise de portage encaisse pour toi et te reverse un salaire net, après cotisations sociales et frais de gestion. Pour un expat, ça évite les démarches de création à distance mais coûte 5 à 10 % du chiffre d’affaires en frais de gestion, plus des cotisations sociales proches de 45 à 50 % du montant facturé. Ça marche bien pour des missions ponctuelles ou en début d’activité, moins bien dès que le volume dépasse 3 000 à 4 000 euros par mois, où la micro-entreprise ou la SASU deviennent nettement plus rentables. Le vrai frein pour un expat hors UE : la couverture sociale française n’est pas automatique et le client doit accepter de payer une structure française.

    Quand j’accompagne des expats qui hésitent entre créer une structure en France et rester en freelance pur, le portage salarial revient dans une conversation sur deux. L’argument est toujours le même : “pas envie de gérer une société depuis l’étranger, je veux juste facturer et être payé”. C’est un vrai besoin, mais le portage n’est pas la solution magique qu’on imagine. Voici ce que je réponds concrètement, chiffres à l’appui.

    Qu’est-ce que le portage salarial et comment ça marche concrètement ?

    Le portage salarial, c’est un montage à trois : toi (le “salarié porté”), une société de portage, et ton client. Tu négocies ta mission et ton tarif directement avec le client, mais c’est la société de portage qui facture, encaisse le paiement, et te reverse un salaire après avoir prélevé les cotisations sociales et ses propres frais de gestion. Juridiquement, tu es salarié en CDD ou en CDI avec la société de portage, même si tu n’as ni bureau ni supérieur hiérarchique au quotidien.

    Ce statut existe en France depuis 2008 (ordonnance encadrée par la convention collective du portage salarial de 2017) et vise historiquement les consultants, formateurs, experts IT ou managers de transition qui veulent le confort du salariat sans en avoir l’employeur. Pour un freelance qui vit à l’étranger, l’attrait est simple : pas de statuts à rédiger, pas de comptabilité à tenir, pas de compte pro à ouvrir en étant non-résident.

    Peut-on faire du portage salarial en vivant à l’étranger ?

    Oui, mais ça dépend surtout de ta couverture sociale et de la nationalité de ton client. Si tu résides dans l’Union européenne, en Espace économique européen ou en Suisse (mon cas au Portugal), le règlement européen de coordination de sécurité sociale permet dans certains cas d’obtenir un formulaire A1 qui te maintient affilié au régime français pendant la mission, à condition que la société de portage en fasse la demande et que la situation reste temporaire.

    Hors UE, c’est plus compliqué : la France a des conventions bilatérales de sécurité sociale avec une partie des pays (Canada, Maroc, Tunisie, USA notamment), mais pas avec tous. Sans convention, tu risques la double cotisation, payer en France via le portage ET dans ton pays de résidence au titre de tes revenus. Autre point bloquant que je vois souvent : le client final doit accepter de payer une société de portage française en euros, avec une facturation classique. Pour un client basé hors de France qui a l’habitude de payer en dollars via Wise ou Stripe, ça complique la mise en place.

    Combien coûte le portage salarial par rapport à une SASU ou une micro-entreprise ?

    C’est là que le calcul devient déterminant. Les frais de gestion des sociétés de portage tournent entre 5 % et 10 % du chiffre d’affaires facturé, souvent dégressifs au-delà d’un certain volume mensuel. À ça s’ajoutent les cotisations sociales de salarié classique : patronales et salariales confondues, on est autour de 45 % à 50 % du montant brut. Au final, il reste rarement plus de 45 à 55 % du montant facturé en net dans la poche.

    StatutCotisations socialesFrais annexesNet perçu (approx.)Seuil de rentabilité
    Micro-entreprise (BNC services)~24,6 %0 € (déclaratif seul)~75-78 % du CAAucun jusqu’à 77 700 €
    SASU (rémunération président assimilé salarié)Variable selon salaire/dividendesComptable ~50-100 €/mois55-70 % du CA selon montageRentable dès ~2 500-3 000 €/mois
    Portage salarial~45-50 %Frais de gestion 5-10 % du CA45-55 % du CAMission mini ~2 500-3 000 € HT

    Ce tableau explique pourquoi je recommande rarement le portage au-delà de quelques mois : dès que l’activité devient régulière, la micro-entreprise ou la SASU non-résidente deviennent presque toujours plus rentables. Le portage se justifie surtout comme solution de transition ou pour des missions ponctuelles bien rémunérées.

    Quels sont les avantages du portage salarial pour un expat ?

    Le premier, et le plus concret : tu gardes un statut de salarié, avec bulletin de paie, cotisation retraite classique, et dans certains cas des droits au chômage si tu enchaînes plusieurs missions. C’est un vrai filet que ni la micro-entreprise ni la SASU ne t’offrent aussi simplement.

    Deuxième avantage : zéro démarche de création. Pas de statuts à déposer, pas d’annonce légale à 193 euros, pas de Kbis à obtenir depuis l’étranger, pas de compte bancaire professionnel à ouvrir en tant que non-résident, un parcours que je détaille dans mon comparatif sur comment choisir son statut juridique en tant que freelance expat. La société de portage gère la facturation, les relances clients et parfois même une assurance responsabilité civile professionnelle incluse.

    Enfin, le portage rassure certains grands comptes qui refusent de contracter avec un freelance non-résident sans structure identifiable en France : facturer via une société de portage bien établie peut débloquer des missions qu’un statut auto-entrepreneur seul n’aurait pas obtenues.

    Quelles sont les limites et pièges du portage salarial à l’international ?

    Le piège que je vois le plus souvent : des expats qui signent avec une société de portage sans vérifier si elle accepte réellement les missions réalisées depuis l’étranger. Beaucoup de sociétés de portage sont calibrées pour des consultants qui interviennent physiquement en France ; la gestion d’un salarié porté résidant à Lisbonne ou à Dubaï n’est pas automatique, même si le texte commercial le suggère.

    Deuxième limite : le revenu de portage reste un salaire de source française, soumis au prélèvement à la source français par défaut. Selon ta convention fiscale bilatérale, tu peux te retrouver à devoir demander un remboursement ou une régularisation en France, alors qu’une structure comme la SASU permet parfois d’arbitrer plus finement entre imposition en France et imposition dans ton pays de résidence.

    Troisième point, plus structurel : le portage n’est pas adapté à une activité qui se développe. Tu ne peux pas embaucher, difficilement lever des fonds, et le plafond implicite de rentabilité (autour de 3 000 à 4 000 euros mensuels réguliers) rend le modèle intenable pour une activité qui grossit vraiment.

    Portage salarial ou SASU non-résident : comment choisir ?

    Ma règle simple après plusieurs dizaines d’accompagnements : le portage a du sens pour tester une activité, sécuriser une transition de quelques mois, ou traiter une mission isolée bien payée sans vouloir t’embêter avec une comptabilité. La SASU non-résidente prend le relais dès que l’activité devient récurrente, que le chiffre d’affaires dépasse durablement 3 000 à 4 000 euros par mois, ou que tu veux optimiser la répartition salaire/dividendes selon ta fiscalité locale.

    Créer ma SASU gratuitement avec Indy

    Lien partenaire, l'équipe touche une commission, sans surcoût pour toi. Comment ça marche.

    Si tu hésites encore entre les statuts, mon comparatif détaillé micro-entreprise vs SASU pour expat reprend les seuils précis et les cas concrets que je vois chez mes clients.

    Comment démarrer une mission en portage salarial depuis l’étranger ?

    1. Choisir une société de portage qui accepte les missions à distance ou depuis l’étranger
    2. Signer un contrat de travail (CDD ou CDI) avec la société de portage
    3. Négocier et signer la convention de prestation avec ton client final
    4. Facturer le client via la société de portage, qui encaisse et te reverse un salaire net après cotisations et frais de gestion
    5. Vérifier ta couverture sociale (affiliation URSSAF, formulaire A1 si tu restes dans l’UE/EEE, ou double cotisation si hors UE)

    Une fois la mission lancée, garde un œil sur la facturation électronique : la réforme s’applique progressivement aux entreprises françaises entre 2026 et 2027, et même en portage, comprendre le sujet t’évite les mauvaises surprises le jour où tu bascules vers une société propre.

    Anticiper la facturation électronique gratuite avec Indy

    Lien partenaire, l'équipe touche une commission, sans surcoût pour toi. Comment ça marche.

    Quelles sociétés de portage acceptent les consultants expatriés ?

    Toutes les sociétés de portage n’ont pas la même politique face à un salarié porté résidant hors de France. Avant de signer, je conseille systématiquement de vérifier trois points : la société accepte-t-elle explicitement les résidents fiscaux étrangers, sait-elle gérer une demande de formulaire A1 si tu es dans l’UE/EEE, et applique-t-elle des frais de gestion dégressifs au-delà d’un certain volume de facturation mensuel. Ces conditions varient fortement d’un acteur à l’autre et ne sont pas toujours affichées clairement sur les sites commerciaux, demande-les noir sur blanc avant de t’engager.

    Quel est mon avis final sur le portage salarial pour un expat ?

    Le portage salarial n’est ni une martingale ni un piège : c’est un outil de transition. Je le recommande à ceux qui démarrent une activité freelance depuis l’étranger et veulent tester leur marché sans s’encombrer d’une société, ou à ceux qui décrochent une mission ponctuelle bien payée et n’ont pas besoin d’un statut pérenne. Mais dès que l’activité devient récurrente, les 45 à 55 % de net qui restent après frais de gestion et cotisations finissent presque toujours par coûter plus cher qu’une SASU bien montée ou qu’une micro-entreprise, tant que tu restes sous le plafond de 77 700 euros. Mon conseil : utilise le portage comme sas de six à douze mois, pas comme statut définitif.

    FAQ

    Questions fréquentes

    Peut-on faire du portage salarial en vivant à l'étranger ?

    Oui, mais avec des limites : dans l'UE/EEE et en Suisse, le formulaire A1 permet souvent de rester affilié à la Sécurité sociale française pendant la mission. Hors UE, la double cotisation ou la perte de couverture est fréquente. Il faut aussi que le client accepte de payer une société de portage française, ce qui exclut certaines missions purement locales à l'étranger.

    Combien coûte réellement le portage salarial par rapport à une micro-entreprise ?

    Compte 5 à 10 % de frais de gestion sur le chiffre d'affaires facturé, plus des cotisations sociales de salarié classique (environ 45 à 50 % du brut). Au global, il ne reste souvent que 45 à 55 % du montant facturé en net, contre 75 à 78 % en micro-entreprise BNC après cotisations de 24,6 %.

    Le portage salarial donne-t-il droit au chômage ?

    Oui, sous conditions : en CDD ou CDI de portage, tu cotises à l'assurance chômage comme n'importe quel salarié. Il faut atteindre les seuils d'affiliation Pôle emploi (durée minimale travaillée) pour ouvrir des droits, ce qui suppose une activité régulière et pas seulement une mission isolée.

    Faut-il un chiffre d'affaires minimum pour que le portage soit rentable ?

    Les sociétés de portage demandent en général une mission d'au moins 2 500 à 3 000 euros HT pour couvrir leurs frais fixes. En dessous, les frais de gestion et cotisations rognent trop la marge ; au-dessus de 3 000 à 4 000 euros mensuels réguliers, la SASU ou la micro-entreprise deviennent presque toujours plus avantageuses.

    Le portage salarial est-il compatible avec un statut de non-résident fiscal ?

    Techniquement oui, mais c'est rarement optimal : le salaire versé par la société de portage reste un revenu de source française soumis au prélèvement à la source français, alors qu'une SASU ou une micro-entreprise permet parfois d'arbitrer entre imposition française et convention fiscale bilatérale selon ton pays de résidence.
    SE

    Samuel Eustache

    Entrepreneur français basé au Portugal. J'accompagne des freelances expat sur leurs démarches FR. Voir le parcours.