Faut-il se rémunérer comme président de SASU quand on est expat ?
Salaire ou dividendes en SASU quand on vit à l'étranger ? Simulation chiffrée et stratégie selon ton pays de résidence et ton CA.
La question que tout expat finit par se poser
Tu viens d’ouvrir ta SASU depuis le Portugal, l’Espagne ou la Thaïlande. La société tourne, les factures rentrent. Et là, la question qui bloque tout le monde arrive : est-ce que tu te verses un salaire en tant que président, ou tu prends uniquement des dividendes ?
C’est la question que je reçois le plus souvent des expats que j’accompagne. Et la réponse honnête, c’est : ça dépend. Mais ça dépend de critères très précis : ton pays de résidence fiscale, ton niveau de CA, ta situation personnelle vis-à-vis de la Sécurité sociale. Pas d’une vague règle générale qu’on lit partout.
Dans cet article, je décortique la logique réelle derrière le choix salaire vs dividendes pour un non-résident, avec des chiffres concrets et des cas que je vois régulièrement depuis Lisbonne.
Ce que la rémunération du président de SASU change réellement
En SASU, le président est assimilé salarié. Si tu te verses un salaire, tu cotises au régime général de la Sécurité sociale française : retraite, maladie, prévoyance. Le taux de charges patronales et salariales combinées tourne autour de 75 à 80 % du salaire net sur les premières tranches. C’est lourd.
Mais voilà ce que beaucoup de guides omettent : ce salaire est déductible du résultat de la SASU. Si tu te verses 2 000 € nets par mois, la société supporte environ 3 500 à 4 000 € en coût total, et ce montant vient en déduction du bénéfice imposable à l’IS.
Les dividendes, eux, ne sont pas déductibles. Ils sont prélevés sur le bénéfice après impôt. En contrepartie, ils sont soumis à la flat tax de 30 % (PFU) en France : 12,8 % d’IR + 17,2 % de prélèvements sociaux. Une option au barème progressif existe, mais elle est rarement pertinente pour un expat.
Le piège que je vois le plus souvent : des expats qui se versent un salaire de 1 000 € par mois “pour avoir des droits” sans avoir vérifié s’ils ont droit à quoi que ce soit côté français une fois non-résidents. Spoiler : souvent, non.
Non-résident français : tes cotisations sociales ne t’achètent presque rien
C’est le point central que les articles généralistes ne disent jamais clairement.
Quand tu es résident fiscal au Portugal, en Espagne, en Géorgie ou ailleurs, tu es affilié au système de santé local. Tes cotisations au régime général français en tant que président de SASU t’ouvrent des droits théoriques en France, mais dans la pratique :
- Maladie : couverture française inutilisable au quotidien si tu vis à l’étranger hors UE, ou redondante avec ton système local si tu es en UE
- Retraite : les trimestres s’accumulent, c’est réel, mais à quel prix ?
- Chômage : le président de SASU n’y a pas droit, salarié ou pas
Autrement dit, tu paies des charges sociales françaises pour des droits que tu n’utilises majoritairement pas. C’est un coût pur dans beaucoup de configurations expat.
Pour aller plus loin sur le statut du non-résident en SASU, j’ai détaillé la structure complète dans l’article sur la SASU pour non-résident.
Simulation chiffrée : salaire vs dividendes selon le CA
Voici une simulation simplifiée pour un expat avec une SASU au taux IS de 15 % (jusqu’à 42 500 € de bénéfice, article 219 I du CGI) puis 25 % au-delà. Trois profils courants tirés des dossiers que je suis.
| Profil | CA annuel | Option choisie | Impôt IS | Charges sociales | Flat tax / IR local | Total prélevé |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Micro-consultant | 60 000 € | 100 % dividendes | ~5 200 € (15 %) | 0 € | ~7 700 € (30 % PFU) | ~12 900 € |
| Consultant confirmé | 60 000 € | Salaire 2 000 €/mois | ~2 600 € (IS réduit) | ~14 400 € charges | ~0 € (pas de divi) | ~17 000 € |
| Hybride | 60 000 € | Salaire 800 €/mois + dividendes | ~4 000 € IS | ~5 760 € charges | ~4 500 € PFU | ~14 260 € |
Hypothèses simplifiées : charges de fonctionnement nulles, résidence Portugal, taux IS 15 % sur 42 500 € puis 25 %. Simulation indicative, pas un conseil fiscal.
Ce tableau montre quelque chose de contre-intuitif : le “tout dividendes” coûte souvent moins cher en charges totales pour un expat, surtout si ton pays de résidence a une flat tax faible ou une convention fiscale avantageuse avec la France.
Au Portugal, les dividendes de source étrangère sont imposés à 28 % (ou intégrés au barème sur option). Mais la retenue à la source française de 12,8 % est créditée. Le résultat effectif peut descendre sous les 20 % d’imposition totale sur la distribution, selon la structuration retenue.
Quand se verser un salaire reste pertinent
Il y a des cas où la rémunération du président de SASU a du sens même en étant expat. Je les vois régulièrement dans les dossiers que j’accompagne.
1. Tu veux valider des trimestres de retraite française Si tu as déjà une partie de carrière en France et que tu vises une retraite française cohérente, cotiser un minimum peut avoir du sens. Le seuil pour valider 4 trimestres en 2025 est d’environ 6 990 € de salaire brut annuel (source : service-public.fr). Pas besoin de se verser 5 000 € par mois.
2. Tu as besoin d’un justificatif de revenus Certains pays d’accueil ou certaines démarches (visa, crédit immobilier local) demandent des fiches de paie. Un salaire même modeste peut débloquer des situations administratives concrètes.
3. Tu prépares un retour en France Si tu envisages de rentrer dans 2 à 3 ans, maintenir une affiliation au régime général peut t’éviter un trou de couverture à la réinstallation.
4. Ton CA est très élevé et tu saturates l’IS à 25 % Au-delà de 42 500 € de bénéfice imposable, l’IS passe à 25 %. Dans ce cas, un salaire qui réduit le bénéfice imposable peut s’avérer plus efficace fiscalement, même en tenant compte des charges sociales.
La stratégie hybride que je recommande le plus souvent
Pour la majorité des expats que j’accompagne avec un CA entre 50 000 € et 150 000 €, je reviens toujours à une logique hybride calibrée :
- Un salaire minimal : entre 600 € et 1 200 € nets par mois selon les objectifs (trimestres, justificatifs)
- Le reste en dividendes : distribué une à deux fois par an, en s’assurant que la convention fiscale du pays de résidence s’applique correctement
Cette stratégie réduit les charges sociales à leur minimum utile sans les supprimer totalement, et optimise la fiscalité sur les dividendes selon le pays d’accueil.
Ce que beaucoup ratent : la convention fiscale entre la France et ton pays de résidence détermine qui a le droit d’imposer quoi. Les dividendes de source française sont souvent soumis à une retenue à la source de 12,8 % en France (parfois réduite à 15 % ou moins selon la convention applicable), puis imposés localement avec crédit d’impôt. Sans expert-comptable qui connaît les conventions bilatérales, tu risques une double imposition ou une mauvaise déclaration côté pays d’accueil.
J’ai détaillé la mécanique fiscale des dividendes pour les expats dans l’article dédié à la fiscalité des dividendes SASU pour expat.
Les erreurs que je vois le plus en accompagnement
Erreur n°1 : se verser un salaire élevé “par habitude” Des clients qui arrivent d’une vie de salarié en France et qui se versent 3 000 à 4 000 € nets par mois sans recalculer ce que ça coûte une fois expat. Résultat : entre 30 000 et 40 000 € de charges sociales annuelles pour des droits quasi-inutilisés.
Erreur n°2 : ne pas prendre de salaire du tout sans compenser Zéro rémunération, c’est aussi zéro trimestre de retraite, zéro justificatif de revenus, et parfois des complications avec la Sécurité sociale française. Surtout, des dividendes distribués sans aucun salaire peuvent attirer l’attention des services fiscaux sur la réalité de l’activité.
Erreur n°3 : confondre les prélèvements sociaux sur dividendes Les 17,2 % de prélèvements sociaux sur les dividendes s’appliquent en France même quand tu es non-résident, sauf dans certains cas couverts par une convention de Sécurité sociale. Si tu es affilié à un régime obligatoire dans un autre État membre de l’UE/EEE ou en Suisse, tu peux être exonéré de la partie CSG/CRDS sur les revenus du capital et ne payer que le prélèvement de solidarité de 7,5 % (article L136-7 du CSS). C’est une économie substantielle à ne pas rater.
Erreur n°4 : ne pas documenter la décision La décision de rémunération du président doit figurer dans un procès-verbal d’assemblée. Pas de PV, pas de salaire légalement voté. Ça paraît basique, mais j’ai vu des expats appeler un expert-comptable en urgence parce que leurs bulletins de paie n’étaient adossés à aucun acte.
Quel outil pour gérer ça sans s’y perdre ?
La rémunération du président génère des bulletins de paie, des déclarations DSN, des cotisations URSSAF, et des écritures comptables spécifiques. Si tu veux gérer ça proprement sans y passer tes week-ends, un logiciel de comptabilité qui intègre la paie ou qui se connecte à un expert-comptable est indispensable.
Sur les dossiers que je suis, Pennylane est l’outil que je recommande le plus souvent dès que le CA dépasse 80 à 100 k€ et qu’il y a une rémunération à gérer : il permet une collaboration fluide avec un expert-comptable qui voit les flux en temps réel, ce qui évite les mauvaises surprises en fin d’exercice.
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Questions fréquentes
Le président de SASU est-il obligé de se verser un salaire ? Non. La rémunération du président de SASU est facultative. Il peut ne rien se verser et distribuer uniquement des dividendes, ou ne rien sortir du tout et laisser la trésorerie s’accumuler dans la société. Aucune obligation légale de rémunération n’existe sur ce point.
Les dividendes d’une SASU sont-ils soumis aux prélèvements sociaux quand on est non-résident ? En principe, les 17,2 % de prélèvements sociaux s’appliquent. Mais si tu es affilié à un régime obligatoire dans un autre État de l’UE/EEE/Suisse, tu peux être exonéré de la partie CSG/CRDS sur les revenus du capital et ne payer que le prélèvement de solidarité de 7,5 %. C’est une économie substantielle à ne pas rater.
Un salaire de président SASU est-il imposable dans mon pays de résidence ? Oui, en règle générale. Les salaires versés par une société française à un non-résident sont d’abord soumis à une retenue à la source en France (selon la tranche applicable), puis la convention fiscale avec ton pays de résidence détermine si tu peux déduire cette retenue de ton impôt local. La convention spécifique à ton pays doit être vérifiée.
Peut-on changer de stratégie de rémunération en cours d’année ? Oui, mais avec précaution. Un PV d’assemblée peut modifier la rémunération du président à tout moment. En revanche, les charges sociales sur les salaires déjà versés ne sont pas récupérables. La décision se prend idéalement en début d’exercice avec une projection sur l’année complète.
Faut-il un expert-comptable pour gérer la paie du président de SASU ? Pas obligatoirement, mais c’est fortement recommandé dès que tu es non-résident. La DSN mensuelle, le traitement correct des conventions fiscales et la gestion des prélèvements sociaux pour non-résidents UE sont des points techniques où une erreur coûte cher.
Ce que je retiens
La rémunération du président de SASU quand on est expat, c’est la décision financière qui a le plus d’impact sur ce que tu gardes réellement à la fin de l’année. C’est aussi celle qui est le plus souvent prise par réflexe plutôt que par calcul.
Ce que je dis systématiquement aux expats que j’accompagne : avant de décider si tu te verses un salaire, pose-toi trois questions concrètes. Est-ce que tu vas utiliser les droits que ces cotisations t’ouvrent ? Est-ce que ta convention fiscale te permet d’optimiser les dividendes ? Est-ce que ton CA justifie de réduire l’IS par un salaire ?
Si tu réponds non aux trois : les dividendes seuls, avec un minimum symbolique pour les trimestres si tu y tiens, seront presque toujours plus efficaces. Si une des réponses est oui, on affine.
Pas de formule magique, mais une logique reproductible. C’est ce que j’applique sur chaque dossier d’expat qui structure sa SASU depuis l’étranger.
Entrepreneur français basé au Portugal. J'accompagne des freelances expat sur leurs démarches FR. Voir le parcours.