Déclaration des bénéficiaires effectifs (RBE) pour expat : guide 2026
RBE oublié = 7 500 EUR d'amende. Ce que chaque expat doit savoir sur le registre des bénéficiaires effectifs en 2026.
Ce que personne ne dit sur le RBE quand on crée sa société depuis l’étranger
Le registre des bénéficiaires effectifs (RBE), c’est l’une de ces obligations que les créateurs de société découvrent trop tard : souvent quand un banquier bloque l’ouverture d’un compte, parfois quand l’amende est déjà tombée. J’accompagne des entrepreneurs français expatriés dans leurs démarches depuis plusieurs années, et le RBE est systématiquement dans le top 3 des angles morts que je vois à la création.
L’obligation existe depuis 2017. Elle concerne toutes les sociétés françaises, SASU, EURL, SAS, SARL, SCI, sans exception. Et pourtant, en 2026, je croise encore des expats qui ont monté leur structure six mois plus tôt sans avoir jamais déposé ce document. Résultat : un Kbis incomplet, un compte pro bloqué, et une régularisation en urgence.
Ce guide donne les règles précises, les délais, les montants, et surtout ce qui change quand on est non-résident.
C’est quoi exactement le registre des bénéficiaires effectifs ?
Le RBE est un registre tenu par le greffe du tribunal de commerce. Il recense les personnes physiques qui contrôlent effectivement une société : celles qui détiennent directement ou indirectement plus de 25 % du capital ou des droits de vote, ou qui exercent un pouvoir de contrôle sur les organes de direction.
L’objectif législatif est clair : lutter contre le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale. La France transpose ici la 4e directive européenne anti-blanchiment (directive 2015/849/UE). Le RBE est accessible aux autorités compétentes (justice, douanes, Tracfin) et, depuis 2022, partiellement aux tiers justifiant d’un intérêt légitime.
Un bénéficiaire effectif, c’est une personne physique, jamais une société holding interposée. Si une SCI est détenue à 60 % par une holding elle-même détenue à 100 % par un seul individu, c’est cet individu qui figure au RBE, pas la holding.
Qui est concerné et quelles structures sont visées ?
Toutes les personnes morales immatriculées au registre du commerce et des sociétés (RCS) sont concernées. La liste est large :
| Structure | Soumise au RBE |
|---|---|
| SASU | Oui |
| EURL | Oui |
| SAS multi-associés | Oui |
| SARL | Oui |
| SCI | Oui |
| Association | Non (sauf exceptions) |
| Auto-entrepreneur (EI) | Non |
| Succursale française d’une société étrangère | Oui |
Ce dernier point m’a surpris la première fois que je l’ai rencontré : une succursale d’une société étrangère immatriculée en France doit aussi déposer un RBE. J’ai suivi un entrepreneur belge dans cette situation, son juriste local avait complètement raté l’étape.
Les auto-entrepreneurs (entreprises individuelles) ne sont pas concernés, puisqu’il n’y a pas de personne morale distincte. C’est une des raisons pour lesquelles certains expats que je conseille hésitent entre l’EI et la SASU : moins de formalités côté EI, mais bien moins de protection patrimoniale.
Les délais et obligations concrètes : ne rate pas ces fenêtres
Le calendrier est strict. Voici ce qu’il faut retenir :
À la création de la société : le dépôt du RBE doit intervenir en même temps que l’immatriculation, ou au plus tard dans les 15 jours suivants. En pratique, si tu passes par un prestataire (Legalstart, Indy, etc.), c’est intégré au parcours. Si tu fais seul via le guichet unique INPI, c’est à toi de le déclencher ensuite auprès du greffe compétent.
En cas de modification : dès qu’un changement intervient (cession de parts, changement d’adresse du bénéficiaire, modification du pourcentage de détention, décès d’un associé), tu as 30 jours pour mettre à jour le RBE.
Le dépôt est 100 % en ligne depuis 2023, via le portail data.inpi.fr ou directement auprès du greffe. Le coût est de 21,41 EUR pour un dépôt initial, et 14,35 EUR pour une mise à jour. Des montants faibles qui ne justifient absolument pas de repousser l’obligation.
| Événement | Délai légal | Coût greffe |
|---|---|---|
| Création de société | 15 jours après immatriculation | 21,41 EUR |
| Modification (cession, adresse…) | 30 jours après l’événement | 14,35 EUR |
| Dissolution / radiation | À l’occasion de la radiation | Inclus |
Ce qui change quand tu es expatrié ou non-résident
C’est là que ça se complique, et c’est pour ça que j’écris cet article depuis Lisbonne, où je vis depuis plusieurs années.
Ton adresse personnelle au RBE. Le RBE mentionne les données personnelles du bénéficiaire effectif : nom, prénom, date et lieu de naissance, nationalité, et adresse personnelle. En tant qu’expatrié, tu dois indiquer ton adresse étrangère. Ce n’est pas interdit, mais certains greffes ont eu des pratiques variables sur l’acceptation des adresses non françaises. Depuis la dématérialisation complète, c’est nettement plus fluide.
Le risque de modification fréquente. Si tu es en mobilité internationale (Portugal une année, Dubaï l’année suivante), chaque changement d’adresse déclenche une obligation de mise à jour dans les 30 jours. C’est un détail que beaucoup oublient. J’ai vu des dossiers avec une adresse française périmée depuis deux ans alors que l’associé était installé au Maroc.
L’identification du bénéficiaire. Le formulaire demande une copie de pièce d’identité. Un passeport français en cours de validité suffit, même si tu résides à l’étranger.
La signature du document. Le formulaire de déclaration doit être signé par le représentant légal de la société. Si tu es à l’étranger, la signature électronique est acceptée sur la plateforme du greffe.
Pour tout ce qui touche à la constitution d’une structure depuis l’étranger, j’ai détaillé les spécificités du siège social, de la domiciliation et des statuts dans l’article dédié à la SASU pour non-résident.
Les sanctions : 7 500 EUR et ce que ça implique vraiment
La sanction en cas de non-dépôt ou de fausse déclaration est inscrite à l’article L. 561-45 du Code monétaire et financier : jusqu’à 7 500 EUR d’amende pour le dirigeant, et potentiellement une injonction de régulariser sous astreinte judiciaire.
En pratique, les amendes tombent rarement pour des sociétés qui n’ont simplement pas fait le dépôt initial par méconnaissance et qui régularisent dès que le problème est identifié. Mais deux situations créent de vrais blocages :
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L’ouverture d’un compte professionnel. Depuis la 5e directive anti-blanchiment transposée en droit français (ordonnance n° 2020-115 du 12 février 2020), les banques et néobanques sont tenues de vérifier le RBE avant d’ouvrir un compte pro. Si le RBE est absent ou incohérent avec ce que tu déclares à la banque, l’ouverture est bloquée. C’est une situation que je vois régulièrement sur les dossiers que je suis, y compris avec Qonto et Shine, pas par mauvaise volonté de leur part, mais parce qu’ils appliquent la réglementation.
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Les cessions de parts. Lors d’une cession, le notaire ou l’avocat vérifie systématiquement la conformité du RBE. Un registre non mis à jour bloque la transaction.
Comment faire le dépôt en pratique en 2026
Voici le parcours concret, étape par étape :
Option 1 : Via le guichet unique INPI (formalites.entreprises.gouv.fr) C’est la voie officielle. Tu crées un compte, tu accèdes à la fiche de ta société, et tu déclenches la procédure de dépôt RBE. Le formulaire en ligne te guide. Tu joins une copie de ta pièce d’identité en PDF. Le greffe valide sous 5 à 10 jours ouvrés.
Option 2 : Directement sur data.inpi.fr Le portail de l’INPI permet aussi de déposer le RBE. Interface un peu moins intuitive, mais efficace pour les mises à jour rapides.
Option 3 : Via un prestataire de création Si tu passes par Legalstart pour créer ta société, le RBE est intégré dans le parcours. C’est la solution que je recommande aux expats qui n’ont pas le temps de gérer chaque formulaire individuellement et qui veulent être sûrs de ne rien rater à la création.
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Option 4 : Par courrier au greffe (encore possible mais déconseillé) Techniquement, tu peux encore envoyer le formulaire papier au greffe compétent. C’est lent, et tu perds le bénéfice de la confirmation immédiate en ligne.
RBE et Kbis : le lien que les expats ratent souvent
Le Kbis mentionne l’existence du dépôt RBE depuis 2020. Un Kbis sans mention RBE est un signal fort que la déclaration n’a pas été faite, et c’est ce que voit immédiatement un banquier ou un partenaire commercial.
L’article sur le Kbis pour non-résident détaille comment obtenir et lire ton extrait Kbis quand tu n’es pas en France. La vérification du RBE doit faire partie de ta checklist quand tu commandes le Kbis pour une démarche bancaire ou administrative.
Un point que je précise souvent : le Kbis ne contient pas le contenu du RBE (les données des bénéficiaires restent dans le registre dédié), mais il mentionne bien si le dépôt a été effectué ou non. C’est cette mention qui rassure les partenaires.
Questions fréquentes
Est-ce que je dois déposer un RBE si je suis seul associé dans ma SASU ?
Oui, sans exception. Même si tu es le seul associé et le seul dirigeant, tu dois te déclarer comme bénéficiaire effectif puisque tu détiens 100 % du capital. C’est la situation la plus fréquente sur les dossiers SASU que je suis.
Mon adresse est à l’étranger, est-ce un problème pour le RBE ?
Non. Le formulaire accepte les adresses étrangères. Tu dois indiquer ton adresse de résidence réelle, même si elle est hors de France. L’important est que les informations soient exactes et cohérentes avec ce que tu déclares à ta banque.
J’ai changé d’adresse il y a trois mois et je n’ai pas mis à jour le RBE. Que faire ?
Régularise immédiatement. Le délai légal de 30 jours est dépassé, mais une mise à jour spontanée sera toujours mieux perçue qu’une régularisation forcée sur injonction du tribunal. Le coût est de 14,35 EUR, ça ne vaut pas de laisser traîner.
Si je cède 10 % de mes parts à un investisseur, dois-je mettre à jour le RBE ?
Pas nécessairement si tu restes au-dessus du seuil de 25 % : tu restes bénéficiaire effectif. Mais si la cession fait passer un nouvel associé au-dessus de 25 %, il doit être ajouté au RBE dans les 30 jours. Et si ta propre participation tombe sous 25 %, l’analyse se complique (contrôle effectif, droits de vote, pacte d’associés) : c’est là qu’un juriste est utile.
Le RBE est-il public ? N’importe qui peut voir mon adresse personnelle ?
Depuis l’arrêt de la Cour de Justice de l’UE du 22 novembre 2022 (affaires jointes C-37/20 et C-601/20), l’accès illimité au RBE a été restreint. En France, depuis 2023, seules les personnes justifiant d’un intérêt légitime (journalistes accrédités, ONG anti-blanchiment, autorités compétentes) peuvent accéder aux informations. Le grand public n’a plus accès libre. C’est une donnée sensible, mais le risque d’exposition incontrôlée est désormais limité.
Conclusion directe
Le RBE, c’est 21 EUR, 20 minutes en ligne, et une obligation qui existe depuis 2017. Et pourtant, c’est l’une des choses que je dois rappeler le plus souvent aux expats qui créent leur structure française depuis l’étranger.
Le piège principal : croire que le prestataire de création a tout géré alors qu’il s’est arrêté à l’immatriculation. Vérifie ton Kbis. Si tu ne vois pas la mention RBE, dépose le document maintenant. Et si tu crées ta société, prends un prestataire qui intègre cette étape dans son parcours.
En tant qu’expatrié, l’obligation ne change pas, mais la gestion des modifications d’adresse est un point de vigilance réel. Chaque déménagement international déclenche une mise à jour RBE à faire dans les 30 jours. Mets un rappel dans ton calendrier, c’est tout ce qu’il faut.
Entrepreneur français basé au Portugal. J'accompagne des freelances expat sur leurs démarches FR. Voir le parcours.