Fiscalité

Créer une holding en tant qu'expat : utile ou surdimensionné ?

La holding fait rêver beaucoup d'expats, mais elle coûte cher à gérer. Voici le seuil de chiffre d'affaires où elle devient vraiment rentable.

Par Samuel Eustache · auto-entrepreneur (Portugal), accompagne des expats FR Mis à jour le 9 min de lecture
Sommaire

    La réponse en 30 secondes Mis à jour le 13 octobre 2026

    Une holding devient utile à partir d’environ 80 000 à 100 000 EUR de bénéfice distribuable annuel dégagé par la société opérationnelle, pas avant. En dessous, les frais fixes (comptabilité dédiée, greffe, CFE, deux liasses fiscales) mangent le gain fiscal procuré par le régime mère-fille. Le mécanisme clé : une holding française qui détient au moins 5 % d’une filiale pendant 2 ans ne paie l’IS que sur 5 % du montant des dividendes reçus (article 145 et 216 du CGI), soit une quote-part de frais et charges qui ramène l’imposition réelle à environ 1,5 % au lieu de 25 %. Mais ce gain ne concerne que l’argent qui reste dans la holding pour être réinvesti. Le jour où l’expat veut se payer, la fiscalité personnelle s’applique intégralement selon sa résidence. Pour un chiffre d’affaires de freelance classique (30 000 à 60 000 EUR), la holding est presque toujours surdimensionnée.

    Qu’est-ce qu’une holding et pourquoi les expats en entendent tant parler ?

    Une holding, c’est une société dont l’objet social se limite à détenir des parts d’autres sociétés (les « filles ») et à percevoir leurs dividendes, plutôt que de vendre elle-même un produit ou un service. Dans l’écosystème expat, j’entends le mot « holding » revenir en boucle parce que c’est devenu un argument marketing pour des cabinets qui vendent des montages à 2 000-3 000 EUR, présentés comme la solution universelle d’optimisation fiscale.

    Le problème, c’est que personne ne précise à partir de quel seuil ça devient réellement rentable. J’accompagne des expats qui arrivent avec l’idée « je dois faire une holding » avant même d’avoir un chiffre d’affaires stabilisé sur leur activité opérationnelle. Dans l’immense majorité des cas, je les en dissuade au départ, parce que la holding résout un problème de capitalisation de bénéfices, pas un problème de fiscalité personnelle d’expat. Si ton objectif principal est choisir le bon statut juridique pour ton activité de freelance expat, commence par là, la holding vient après, pas avant.

    Comment fonctionne concrètement le régime mère-fille ?

    Le régime mère-fille permet à une holding française de recevoir les dividendes de sa filiale en étant imposée seulement sur 5 % de leur montant, au lieu des 25 % d’IS habituels. C’est l’article 145 et l’article 216 du Code général des impôts qui encadrent ce mécanisme. Trois conditions cumulatives : la holding doit détenir au moins 5 % du capital de la filiale, conserver ces titres pendant au moins 2 ans, et les deux sociétés doivent être soumises à l’IS.

    En pratique, pour 50 000 EUR de dividendes remontés de la filiale vers la holding :

    ScénarioBase imposable à l’ISTaux applicableImpôt dû
    Sans holding (distribution directe à l’actionnaire)50 000 EUR (flat tax 30 % ou barème)30 % (PFU)15 000 EUR
    Avec holding, régime mère-fille2 500 EUR (5 % de quote-part)15 % IS (jusqu’à 42 500 EUR)375 EUR

    Ce tableau est celui qu’on te montre dans les pubs. Ce qu’on oublie de préciser : cet argent reste bloqué dans la holding. Pour que l’expat le touche personnellement, il doit encore se verser un dividende depuis la holding, et c’est à ce moment que la fiscalité personnelle (France ou pays de résidence selon la convention) retombe dessus, sans exonération. La holding ne supprime pas l’impôt, elle diffère et réduit l’impôt sur la part réinvestie.

    À partir de quel chiffre d’affaires la holding devient-elle rentable ?

    Le seuil de bascule se situe généralement entre 80 000 et 100 000 EUR de bénéfice distribuable annuel généré par la filiale opérationnelle. En dessous, les coûts fixes de la holding dépassent le gain fiscal.

    Voici les coûts récurrents que je vois systématiquement passer sous silence dans les discours commerciaux :

    PosteCoût annuel estimé
    Comptabilité de la holding (bilan + liasse fiscale dédiée)900 à 1 500 EUR
    Comptabilité de la filiale (déjà existante, inchangée)0 EUR (coût déjà supporté)
    CFE de la holding (même sans activité)200 à 500 EUR
    Frais de greffe création + formalitésenviron 230 EUR (une fois)
    Suivi juridique (conventions intra-groupe, PV d’AG)400 à 800 EUR
    Total annuel récurrent1 500 à 2 800 EUR

    Pour qu’une économie d’impôt de 1 500 à 2 800 EUR par an se dégage via le régime mère-fille, il faut mécaniquement un volume de dividendes conséquent. À 50 000 EUR de dividendes remontés, le gain fiscal brut (écart entre 15 000 EUR et 375 EUR, soit 14 625 EUR) dépasse largement les coûts de structure : la holding est rentable. À 15 000 EUR de dividendes, le gain brut tombe à environ 4 400 EUR, ce qui couvre à peine les frais. C’est là que se situe le vrai seuil de décision, pas sur un chiffre rond marketing.

    Une holding évite-t-elle vraiment la double imposition pour un expat ?

    Non, et c’est la confusion la plus fréquente que je corrige en rendez-vous. Une holding optimise la fiscalité des bénéfices que tu laisses dans la structure pour les réinvestir (racheter une autre société, acheter un bien immobilier professionnel, financer une nouvelle activité). Elle n’a aucun effet sur la double imposition personnelle entre la France et ton pays de résidence au moment où tu te verses de l’argent.

    Si tu es résident fiscal portugais par exemple, les dividendes que tu perçois personnellement depuis ta holding française restent soumis à la convention fiscale France-Portugal, avec retenue à la source possible et crédit d’impôt à faire valoir. Le mécanisme est le même que pour la fiscalité des dividendes versus le réinvestissement en SASU : la holding ne fait que déplacer le curseur d’un cran, elle ne supprime pas la question de où tu es fiscalement domicilié quand tu encaisses.

    Quelle structure juridique privilégier pour la holding et la filiale ?

    Le montage le plus courant et le plus simple à gérer reste holding SASU + filiale SASU (ou SARL pour la filiale si plusieurs associés). La SASU en tant que holding présente l’avantage d’une gouvernance souple (un seul président, pas d’assemblée générale obligatoire à chaque décision) et d’une responsabilité limitée aux apports.

    Points de vigilance que je vérifie systématiquement avec les expats que je conseille :

    • La holding doit avoir un objet social explicite de détention de participations, pas un objet mélangé avec une activité opérationnelle (sinon le régime mère-fille peut être remis en cause).
    • Le détenteur de la holding (toi, en tant qu’expat) doit être nommé président ou associé unique, avec une adresse de domiciliation en France même si tu résides à l’étranger.
    • Les statuts doivent prévoir explicitement les modalités de remontée de dividendes (convention de trésorerie intra-groupe si besoin de faire circuler du cash entre les deux sociétés avant distribution).

    Un cabinet comme LegalPlace permet de monter les statuts d’une holding SASU et de sa filiale avec des modèles adaptés à ce montage, sans repasser par un rédacteur juridique facturé à l’heure.

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    Comment gérer la comptabilité d’une structure à deux sociétés ?

    C’est le point que les expats sous-estiment le plus systématiquement : une holding, c’est deux liasses fiscales, deux déclarations de TVA (même si l’une est souvent en franchise ou sans activité), deux comptes bancaires, et des écritures de consolidation intra-groupe à chaque remontée de dividende.

    Dans les faits, voici la procédure que je recommande pour mettre en place proprement le suivi comptable d’une holding et de sa filiale :

    1. Ouvrir un compte bancaire dédié pour la holding, distinct du compte de la filiale, même si le volume de mouvements y est faible.
    2. Faire constater par le comptable la création de la holding et l’apport des titres de la filiale au bilan d’ouverture.
    3. Formaliser une convention de trésorerie intra-groupe si des avances de fonds doivent circuler entre les deux sociétés avant la distribution officielle de dividendes.
    4. Planifier la distribution de dividendes de la filiale vers la holding en assemblée générale annuelle, avec PV à l’appui.
    5. Suivre en parallèle les deux liasses fiscales (holding et filiale) avec un outil capable de gérer plusieurs dossiers sous le même accès, plutôt que deux abonnements distincts.

    Pennylane gère nativement cette logique multi-sociétés depuis un seul tableau de bord, ce qui évite de payer deux abonnements comptables séparés et de perdre la vue d’ensemble entre la filiale et la holding.

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    Quelles sont les erreurs qui transforment la holding en fausse bonne idée ?

    La première erreur, je la vois revenir sans arrêt : créer la holding avant d’avoir une activité opérationnelle stabilisée générant un vrai volume de dividendes. Une holding au-dessus d’une SASU qui ne distribue rien la première année, c’est juste un coût fixe supplémentaire sans aucune contrepartie fiscale.

    La deuxième erreur, c’est de confondre optimisation de l’IS sur les bénéfices réinvestis et optimisation de l’impôt personnel de l’expat. Beaucoup arrivent persuadés que la holding va réduire ce qu’ils paient sur leur train de vie courant, alors que l’argent qu’ils sortent pour vivre au Portugal ou ailleurs reste taxé normalement, convention fiscale ou pas.

    La troisième erreur, plus technique, concerne le statut de départ. Un auto-entrepreneur ne peut pas basculer directement vers un montage holding : il faut d’abord transformer ou recréer l’activité en société soumise à l’IS (SASU, SARL) pour que le régime mère-fille ait un sens juridique. Si tu es encore en auto-entrepreneuriat, la vraie priorité est de valider ton changement de statut avant même de songer à la holding.

    Faut-il vraiment créer une holding quand on est expat ?

    Mon avis après plusieurs dossiers accompagnés sur ce sujet : la holding est un outil de capitalisation pour une activité déjà mature, pas un outil de fiscalité expat. Si ta filiale opérationnelle génère moins de 80 000 EUR de bénéfice distribuable par an, les frais de structure (1 500 à 2 800 EUR annuels) rognent l’essentiel du gain du régime mère-fille, et tu te retrouves avec de la complexité administrative pour un résultat marginal.

    Si en revanche tu as déjà une SASU qui dégage un bénéfice confortable chaque année et que tu veux réinvestir cet argent (dans l’immobilier professionnel, dans une deuxième société, dans des titres) sans le faire transiter par ta fiscalité personnelle à chaque fois, la holding redevient un outil pertinent, et même indispensable à long terme. Le vrai test que je fais passer à mes clients : si tu ne sais pas répondre à la question « qu’est-ce que je vais faire de l’argent qui reste dans la holding », ce n’est pas encore le moment d’en créer une.

    FAQ

    Questions fréquentes

    À partir de quel chiffre d'affaires une holding devient-elle intéressante pour un expat ?

    En général à partir de 80 000 à 100 000 EUR de bénéfice distribuable par an dégagé par la filiale opérationnelle, car les frais fixes de la holding (compta, greffe, CFE) tournent autour de 2 000 à 3 500 EUR annuels. Sous ce seuil, le régime mère-fille ne compense pas les coûts de structure face à une distribution directe.

    Le régime mère-fille s'applique-t-il quand l'expat est non-résident fiscal ?

    Oui, le régime mère-fille (article 145 du CGI) s'applique à la holding française indépendamment de la résidence fiscale de son actionnaire. Ce qui change, c'est l'imposition des dividendes remontés ensuite de la holding vers l'expat lui-même, qui dépend de la convention fiscale entre la France et le pays de résidence.

    Une holding évite-t-elle la double imposition pour un expat au Portugal ?

    Non, elle la déplace plutôt qu'elle ne l'élimine. La holding permet de remonter les dividendes de la filiale avec seulement 5 % de quote-part imposable à l'IS, mais le jour où l'expat se verse l'argent depuis la holding, la fiscalité personnelle (France ou Portugal selon la convention) s'applique normalement.

    Peut-on créer une holding en restant auto-entrepreneur ?

    Non, le statut auto-entrepreneur est incompatible avec une structure de holding : il ne permet pas de détenir des parts de société au sein d'une architecture mère-fille et n'ouvre pas droit au régime mère-fille. Il faut d'abord basculer vers une SASU ou une SARL pour que le montage ait un sens.

    Quel est le piège le plus fréquent avec les holdings pour expats ?

    Le piège le plus fréquent est de créer une holding uniquement pour l'image, sans flux de dividendes réel à optimiser, et de se retrouver avec deux liasses fiscales, deux comptes bancaires et deux factures de comptable pour un gain fiscal proche de zéro la première année.
    SE

    Samuel Eustache

    Entrepreneur français basé au Portugal. J'accompagne des freelances expat sur leurs démarches FR. Voir le parcours.