Choisir un expert-comptable en ligne quand on est expat
Indy, Pennylane, Dougs, Numbr : lequel gère vraiment la TVA OSS, les conventions fiscales et les dividendes d'expat ? Comparatif concret.
Quand j’ai ouvert ma SASU depuis Lisbonne en 2023, la première vraie galère n’a pas été l’INPI ni le dépôt des statuts. Ça a été de trouver un comptable qui comprenne ma situation : résident au Portugal, clients en France, dividendes potentiels, TVA intracommunautaire à gérer. La plupart des cabinets en ligne m’ont répondu avec des offres standard prévues pour un freelance qui habite à Lyon, pas pour un non-résident.
Ce que je vais faire ici, c’est comparer honnêtement les quatre acteurs qui reviennent le plus souvent dans les discussions d’expats — Indy, Pennylane, Dougs et Numbr — sur les critères qui comptent vraiment quand tu n’es pas en France. Pas le nombre d’intégrations bancaires, pas les dashboards joliment designés. Les vraies questions : est-ce qu’ils gèrent la TVA OSS ? Est-ce qu’ils connaissent les conventions fiscales bilatérales ? Est-ce qu’ils savent calculer tes dividendes en tenant compte de ta résidence fiscale étrangère ?
Pourquoi la situation expat est différente d’un freelance classique
Un freelance basé en France avec une SASU a une problématique relativement standard : IS, TVA française, URSSAF sur la rémunération, bilan annuel. Le comptable en ligne a vu ça mille fois.
Toi, en tant qu’expat, tu ajoutes au minimum trois couches de complexité :
La résidence fiscale multiple. Tu es résident fiscal au Portugal (ou en Espagne, en Thaïlande, peu importe), mais ta société est en France. La société paie l’IS en France, c’est acquis. Mais quand tu te verses des dividendes, la convention fiscale entre la France et ton pays de résidence détermine où tu les déclares et à quel taux. Sans un comptable qui maîtrise ça, tu risques soit la double imposition, soit un redressement. La convention franco-portugaise (article 10) prévoit par exemple une retenue à la source de 15 % maximum côté français sur les dividendes versés à un résident portugais — si ton comptable ne le sait pas, tu peux facilement sur-payer.
La TVA intracommunautaire ou OSS. Si tu vends des services ou des produits numériques à des clients européens en dehors de la France, tu as potentiellement des obligations TVA dans plusieurs pays. Le guichet unique OSS simplifie les choses depuis juillet 2021 (directive 2017/2455/UE), mais encore faut-il que ton comptable l’active et le gère correctement. J’en parle en détail dans mon article sur la TVA intracommunautaire avec une SASU.
Les virements transfrontaliers et le compte pro. Recevoir des paiements d’Allemagne, payer un sous-traitant au Brésil, se verser un salaire sur un compte portugais : tout ça doit être tracé proprement. Certains outils comptables gèrent mal les devises étrangères ou les virements SEPA hors zone euro.
Indy : le choix du DIY structuré
Indy, c’est ce que j’utilise depuis le début, et je vais être honnête sur ses limites autant que ses avantages.
Ce qu’Indy fait bien : l’automatisation comptable de base est excellente. Connexion bancaire avec Qonto, catégorisation automatique des transactions, déclarations de TVA pré-remplies, liasse fiscale générée automatiquement. Pour une SASU simple avec des revenus de prestations de services en France, c’est imbattable en rapport qualité/prix. L’offre complète tourne autour de 79 EUR/mois, et tu peux faire certifier ton bilan par un expert-comptable en option.
Ce qu’Indy ne fait pas : il n’y a pas de conseil fiscal personnalisé sur les conventions bilatérales. Si tu veux savoir comment déclarer tes dividendes au Portugal en tenant compte de la convention franco-portugaise, Indy ne te répondra pas là-dessus. C’est un outil, pas un cabinet. La TVA OSS est techniquement gérable si tu configures correctement tes taux, mais tu dois savoir ce que tu fais — aucune assistance proactive de leur côté sur ce point.
Mon usage concret : j’utilise Indy pour toute la partie mécanique — saisie, TVA française, bilan, IS. Pour les questions spécifiques non-résident (dividendes, convention avec le Portugal), je consulte un fiscaliste indépendant en complément, une ou deux fois par an. Ce découplage me revient à environ 120 EUR/mois en tout, contre 200+ EUR pour un cabinet full-service international.
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Pennylane : la solution la plus complète pour les structures en croissance
Pennylane se positionne différemment : c’est une plateforme qui connecte logiciel comptable et expert-comptable humain. Tu paies plus cher (les offres avec expert-comptable dédié démarrent autour de 150-200 EUR/mois selon le volume de transactions), mais tu as quelqu’un à qui parler.
Ce qui change pour un expat : plusieurs cabinets partenaires Pennylane ont une expérience internationale réelle. Si tu passes par leur marketplace de comptables, tu peux filtrer et poser des questions précises avant de signer. J’ai vu des retours d’expats en Espagne et en Belgique satisfaits parce qu’ils avaient trouvé un comptable Pennylane qui connaissait les conventions bilatérales applicables à leur situation.
Attention : Pennylane en tant que plateforme ne garantit pas la compétence de chaque comptable partenaire sur les sujets expat. La qualité dépend entièrement du cabinet que tu sélectionnes. Si le cabinet retenu n’a jamais géré un client non-résident, avoir Pennylane comme outil ne changera rien à ta situation.
La TVA OSS sur Pennylane est bien gérée côté logiciel — les déclarations OSS sont intégrées nativement depuis 2022. C’est un vrai avantage concret si tu vends du numérique à des particuliers européens : les taux par pays sont mis à jour automatiquement et la déclaration trimestrielle est pré-remplie.
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Dougs : bien pour les fondamentaux, limité sur l’international
Dougs est populaire chez les dirigeants de SASU en France, et pour de bonnes raisons : interface claire, expert-comptable attribué, tarifs corrects (autour de 130-160 EUR/mois pour une SASU). Le service client est réactif d’après la majorité des avis que j’ai lus sur Trustpilot et dans les forums dédiés.
Le problème pour les expats : Dougs est clairement calibré pour les résidents français. J’ai posé la question directement à leur équipe commerciale en 2023 : la réponse sur les conventions fiscales bilatérales était vague — « on gère la comptabilité française, pour le reste consultez un spécialiste ». Ils peuvent faire ta comptabilité française sans problème, mais pour les questions de résidence fiscale étrangère et d’optimisation des dividendes selon ta convention, tu seras renvoyé vers un spécialiste externe.
Ce que ça veut dire en pratique : si tu es expat avec une situation simple (tu ne te verses pas de dividendes, tu factures uniquement des clients français en EUR, ta résidence à l’étranger ne crée pas de problème fiscal particulier), Dougs fonctionne très bien. Si ta situation est plus complexe, l’addition cabinet généraliste + fiscaliste international dépassera rapidement le coût de Numbr — sans le même niveau d’expertise intégrée.
Numbr : le spécialiste expat qu’on ne connaît pas assez
Numbr est le moins connu des quatre, mais c’est à mon sens le plus pertinent pour les expats avec de vraies problématiques internationales. Ils se positionnent explicitement sur les entrepreneurs non-résidents, les structures avec des associés dans plusieurs pays, et les questions de double résidence fiscale.
Ce qu’ils font différemment : leur onboarding pose des questions sur ta résidence fiscale, tes pays de facturation, la structure de tes revenus (salaire vs dividendes) et tes obligations déclaratives à l’étranger. Ce n’est pas un bonus — c’est leur cœur de métier. Quand je leur ai soumis un cas type (SASU, résident Portugal, dividendes 30 000 EUR/an, quelques clients allemands), leur réponse intégrait directement la référence à la convention franco-portugaise et au régime IFICI. Aucun des trois autres n’a fait ça spontanément.
Le prix : sensiblement plus élevé que les autres, souvent au-dessus de 200 EUR/mois selon la complexité du dossier. Si tu as une SASU simple et que tes seules complications sont quelques clients en zone euro, c’est surdimensionné. Si tu as une holding, des revenus dans plusieurs devises, et des questions sur le régime IFICI au Portugal ou la Beckham Law en Espagne, c’est probablement le seul choix raisonnable parmi les solutions en ligne.
Limite : beaucoup moins de retours d’expérience disponibles en ligne que pour les trois autres. Avant de signer, demande des références de clients dans une situation proche de la tienne — un cabinet sérieux sur ce segment ne refusera pas.
Tableau comparatif : les critères expat en un coup d’œil
| Critère | Indy | Pennylane | Dougs | Numbr |
|---|---|---|---|---|
| Prix mensuel (SASU) | ~79 EUR | ~150-200 EUR | ~130-160 EUR | ~200+ EUR |
| Expert-comptable humain | Option | Oui (partenaire) | Oui (dédié) | Oui (dédié) |
| TVA OSS native | Partielle | Oui | Oui | Oui |
| Conventions fiscales bilatérales | Non | Selon cabinet | Limité | Oui |
| Conseil dividendes non-résident | Non | Selon cabinet | Limité | Oui |
| Multi-devises / SEPA international | Basique | Correct | Basique | Correct |
| Adapté si situation simple | Excellent | Bon | Bon | Surdimensionné |
| Adapté si situation complexe | Insuffisant | Dépend | Insuffisant | Excellent |
Ce que je ferais à ta place selon ta situation
Tu viens de créer ta SASU et ta situation est simple (clients français, pas de dividendes prévus à court terme, résidence dans un pays avec convention claire comme le Portugal ou l’Espagne) : commence par Indy. Tu économises de l’argent, tu apprends à lire ta compta, et tu peux migrer vers une solution avec plus d’accompagnement si ta situation évolue. J’explique comment structurer la création dans mon article sur la SASU pour non-résident.
Tu as déjà une activité lancée, tu factures des clients dans plusieurs pays européens, et tu prévois de te verser des dividendes cette année : Pennylane avec un cabinet partenaire sélectionné rigoureusement, ou Numbr directement. Pose les questions précises avant de signer — « avez-vous des clients résidents au Portugal ou en Espagne ? », « gérez-vous les déclarations OSS ? » — et évalue les réponses sur leur substance, pas leur enthousiasme.
Ta situation est vraiment complexe (holding, revenus locatifs en France, épargne salariale, résidence dans un pays hors UE) : Numbr ou un cabinet international traditionnel. Les outils en ligne standard ne sont pas conçus pour ça, quelle que soit leur interface.
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Questions fréquentes
Mon comptable en ligne peut-il gérer ma déclaration de revenus étrangère ? Non, et c’est important de l’intégrer dès le départ. Les comptables en ligne français gèrent la comptabilité et la fiscalité de ta société française. Ils ne font pas ta déclaration de revenus personnelle au Portugal, en Espagne ou ailleurs. Pour ça, tu as besoin d’un fiscaliste local dans ton pays de résidence, ou d’un cabinet international avec des correspondants sur place.
Est-ce qu’Indy suffit si je suis résident au Portugal et que je facture uniquement en France ? Pour la comptabilité courante de ta SASU, oui. Pour optimiser la façon dont tu te verses des dividendes en tenant compte de la convention franco-portugaise et du régime IFICI (ex-NHR, rebaptisé ainsi depuis janvier 2024), non — il te faudra un conseil fiscal complémentaire, typiquement un fiscaliste portugais facturant 500-1 500 EUR pour une consultation annuelle structurée.
La TVA OSS, c’est obligatoire pour moi en tant qu’expat ? Pas automatiquement. C’est obligatoire si tu vends des services numériques ou des biens à des consommateurs finaux (B2C) dans d’autres pays de l’UE et que tu dépasses le seuil de 10 000 EUR de ventes annuelles hors France. Si tu fais uniquement du B2B avec des clients qui ont un numéro de TVA intracommunautaire, la TVA est autoliquidée par le client (article 196 de la directive TVA 2006/112/CE). Vérifie ta situation avant d’activer OSS.
Est-ce que le siège social en France change quelque chose sur le choix du comptable ? Non, le siège social détermine la juridiction fiscale de la société (France), pas les compétences requises de ton comptable. Ce qui importe, c’est la résidence fiscale du dirigeant et la nature des flux transfrontaliers générés par l’activité.
Peut-on changer de comptable en cours d’exercice ? Techniquement oui, pratiquement c’est compliqué en milieu d’exercice car il faut transférer tous les journaux et reprendre la révision des comptes en cours. Le plus propre est de changer au 1er janvier d’un nouvel exercice, avec un export complet des données de l’outil précédent au format FEC (Fichier des Écritures Comptables, obligatoire en France en cas de contrôle).
Ma conclusion
Je ne vais pas te proposer une solution universelle parce qu’il n’y en a pas. Ma situation à Lisbonne avec une SASU et des clients majoritairement français m’a conduit vers Indy pour la mécanique comptable, avec un fiscaliste portugais pour les questions de dividendes et de convention. Ça me coûte moins cher et je maîtrise mieux ma compta que si j’avais tout délégué à un cabinet.
Ce que je déconseille fortement : choisir un comptable en ligne sans lui poser directement les questions spécifiques à ta situation avant de signer. « Gérez-vous les dividendes pour les résidents portugais ? » « Faites-vous les déclarations TVA OSS ? » « Avez-vous d’autres clients non-résidents dans mon pays de résidence ? » Si les réponses sont vagues ou enthousiastes sans substance, passe ton chemin.
Le mauvais comptable pour un expat ne te coûte pas seulement de l’argent en honoraires — il te coûte potentiellement un redressement fiscal ou une double imposition que tu aurais pu éviter avec 200 EUR de conseil supplémentaire. Ça vaut la peine de prendre le temps de bien choisir dès le départ.
L'équipe Entrepreneur Expat
Rédaction qui suit au quotidien des entrepreneurs français à l'étranger. Notre approche.